Le vignoble de Lavaux abrite une biodiversité riche mais vulnérable
Une étude indépendante menée entre 2021 et 2025 confirme la richesse de la biodiversité du vignoble de Lavaux. Mais elle pointe aussi sa grande fragilité et recommande des mesures pour la préserver à long terme.


Texte et photo Diane Zinsel | Entre les terrasses de pierre et les reflets du Léman, Lavaux n’est pas que le royaume de la vigne. Derrière les rangs bien alignés de Vitis vinifera, un monde discret prospère : lézards verts se chauffant sur les murets, torcols fourmiliers à la recherche de pitance, mourons bleus accrochés aux affleurements rocheux. Une biodiversité parfois méconnue du grand public, mais dont la richesse vient d’être confirmée par une étude scientifique indépendante, intitulée « Lavaux Nature Vivante ».
« Aucune disparition d’espèces n’a été constatée par rapport aux rares inventaires antérieurs. On a une faune et une flore riches, avec de nombreuses espèces de valeur patrimoniale qui arrivent à se maintenir », se réjouit Raymond Delarze, biologiste au bureau d’études BEB d’Aigle, qui a dirigé les travaux. Mais le tableau n’est pas sans ombre. « Les espèces les plus vulnérables ont des densités qui sont faibles, voire très faibles et, sans mesure adéquate, on ne peut exclure leur disparition dans un futur plus ou moins éloigné », prévient-il.
Des refuges morcelés
Les espèces se concentrent principalement hors des parcelles cultivées dans des biotopes refuges très morcelés. « C’est souvent des petites surfaces qui sont incultes ou inaccessibles qui jouent un rôle de refuge et qui participent en fait à la bio-diversité de manière disproportionnée », souligne Raymond Delarze. Or ces îlots sont isolés les uns des autres, ce qui empêche les espèces de
circuler et fragilise leur renouvellement.
Pour y remédier, l’étude préconise la création de corridors biologiques – haies ou bosquets de buissons indigènes – reliant ces refuges entre eux. Elle recommande aussi l’aménagement d’hibernaculums, soit des amas de pierres organisés permettant aux reptiles d’hiverner hors du gel, ainsi que la pose de nichoirs pour certains oiseaux. « L’idée est de renforcer la densité de ces petits biotopes sans mettre en péril l’exploitation de la vigne. En leur consacrant un tout petit pourcentage bien choisi et approprié de la surface du vignoble, les espèces cibles y trouveraient leur compte », résume le biologiste.
Convaincre sans imposer
Ces conclusions ont notamment été présentées à un groupe de jeunes vignerons. « Une dizaine nous a communiqué son intérêt, et j’ai déjà pu rendre visite à quatre d’entre eux », précise Raymond Delarze qui a identifié sur leurs parcelles des mesures, comme la plantation de buissons, une gestion du sol favorisant le développement de faune ou flore déjà présente, ou l’installation de tas de pierriers pour les lézards. « Nous comptons sur les futures séances d’informations et sur le bouche-à-oreille pour diffuser notre message auprès de tous les vigneronnes et vignerons. Mais nous ne voulons rien imposer », insiste le biologiste.
L’étude entend aussi encourager les professionnels de la vigne à témoigner auprès du public de la riche biodiversité qui entoure leurs parcelles – une démarche propre à valoriser l’image du vignoble inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Car si Lavaux doit sa renommée mondiale à ses vins, lézards, criquets et fleurs sauvages participent à faire de ce vignoble un territoire véritablement vivant.
L’étude en bref
L’étude « Lavaux Nature Vivante » a été commandée par la Fondation Bovard, une fondation qui a pour vocation la sauvegarde et la mise en valeur de Lavaux. La recherche a été confiée au bureau d’études biologiques BEB d’Aigle, dirigé par Raymond Delarze. Les travaux d’observation, de prospection et de recensement ont été menés entre 2021 et 2022, puis complétés en 2025. Au total, 21 secteurs d’environ 15 hectares chacun ont été passés au crible, le long de parcours de référence de 1000 à 1100 mètres. « Notre travail a couvert la moitié de toute la surface de Lavaux, soit un échantillonnage représentatif », assure Raymond Delarze. L’étude recense 648 espèces de plantes à fleurs et de fougères, quinze d’oiseaux nicheurs, cinq de reptiles, 25 de sauterelles et criquets, ainsi que 56 de mollusques. Parmi les espèces emblématiques figurent, côté faune, le lézard vert, le torcol fourmilier ou le bruant zizi; côté flore, le cétérach des officines, le muflier sauvage ou encore le bugle jaune. La démarche s’inspire d’une étude similaire menée dès 2019 dans le vignoble d’Yvorne, qui avait abouti à des conclusions comparables.


