Une figure marquante de Maracon nous a quittés

Jeannette s’en est allée rejoindre les étoiles

Patricia Zeller, pour la municipalité de Maracon | Il y avait le cœur du village d’où émanait très souvent et encore plus durant les périodes de fêtes, des effluves de pains d’anis, de biscômes, de cuchaules et de biscuits. Dans ce cœur du village, il y avait Jeannette. Il y a bien longtemps, Auguste Grivet, boulanger, et son épouse Jeanne Grivet, née Gabriel, se sont installés à Maracon. Lui confectionnait le pain, elle le vendait dans leur boulangerie au haut de la route du Juge. Et pendant les heures de pause du magasin, Jeannette filait dans les villages alentours, au volant de sa fameuse coccinelle noire, livrer des commandes. Nous n’avons pas tous connu ce temps-là. Beaucoup l’ont raconté. Vous êtes bien nombreux, habitants de Maracon et environs, à avoir fréquenté cette boulangerie et à avoir gardé tant de souvenirs de ce lieu et surtout de sa « tenancière » si atypique. En 1995 la boulangerie ferma. Quelques années plus tard, après le décès de son époux, Jeannette,  qui n’était pas à se plaindre des aléas de la vie, ralluma les fours et mis la main à la pâte.

Le plaisir de « pâtisser » avec elle

Beaucoup d’entre nous connaissions Jeannette… Sa vivacité, son franc parler, son endurance à la tâche, sa générosité, sont des points communs qui nous viennent directement à l’esprit. Heureux ceux qui ont eu la chance, non seulement de déguster, de recevoir biscuits et cuchaules, de boire le café dans son laboratoire mais aussi, surtout, le privilège de « pâtisser » avec elle et hériter de ses recettes et conseils. A chaque Noël villageois, elle confectionnait des montagnes de pains d’anis et de biscômes qu’elle offrait généreusement. Ses cuchaules ont agrémenté moult petits déjeuner communaux. Dire « non » à une commande n’était pas dans sa conception de la vie. Beaucoup d’enfants, sur le chemin du retour de l’école, s’arrêtaient chez elle et repartaient les mains pleines. Aucun « petit » n’aurait raté la traditionnelle distribution des biscômes de la St-Nicolas. Depuis bien des années, ses genoux la faisaient souffrir. Tout lui devenait de plus en plus pénible. Elle s’accrochait à ses fours. Là où était toute sa vie. Mais voilà qu’un jour d’août 2019 la porte de son laboratoire ne s’est pas ouverte… Les effluves de douceurs disparurent du cœur du village… Noël cette année-là, l’année dernière, n’eut plus la même saveur. Jeannette avait rendu son tablier. Le château des Novalles à Blonay l’avait accueillie. Ce 3 novembre, Jeannette s’en est allée encore plus loin… laissant tous les fins gourmets de la région définitivement orphelins. En raison de la situation actuelle, son départ s’est fait, au regret de ceux qui l’ont connue, dans l’intimité. Mais elle restera dans la mémoire de ceux qui ont eu la chance de la croiser. Si le cœur vous en dit, pour lui rendre hommage, elle repose au cimetière de Maracon. Nos pensées émues s’adressent à son fils Philippe ainsi qu’à toute sa famille et s’envolent vers elle, comme des effluves de douceur, pour un dernier au revoir.