Vendanges – La récolte 2026 commence à rentrer dans les caves
Fin août, les bacs à vendanges sont sortis des caves pour être nettoyés et réparés, annonciateur du début des vendanges. Après un été caniculaire et une sécheresse assez importante dans le vignoble de Lavaux, les vendanges débutent avec un temps d’avance.




Demandez à n’importe quel vigneron ou œnologue de vous parler des vendanges qu’il a déjà vécues (prévoyez quand même un peu de temps), chaque millésime l’aura marqué. Que ce soit en termes de météo, de qualité des raisins, des différentes maladies qui auront sévies durant la saison ou les aléas de la vinification. Pour 2026, nous pouvons déjà un peu nous avancer en disant que ce millésime ne dérogera pas à la règle. Avec un début de vendanges à la fin août, un vignoble ayant souffert du chaud et de la sécheresse et la crise vitivinicole qui reste présente, les challenges ne manquent pas cette année.
Malgré tout cela, les vigneronnes et vignerons de Lavaux restent dévoués à leur métier et se réjouissent de récolter le fruit de leur travail. La région vivra au rythme des vendanges pour quelques semaines, ouverture du bal avec Riex.
Un millésime avec beaucoup de signification
Jeudi 3 septembre, l’équipe de vignes du Domaine Denis Fauquex, sous la houlette de Simon Vogel, vigneron-tâcheron, termine sa première journée de vendanges avec le Pinot Noir. A la cave, Emilie Fauquex et Ludovic Lin travaillent en duo pour vinifier ce millésime. En effet, la jeune femme de 25 ans prévoit de reprendre le domaine d’ici quelques années et 2026 marque son premier millésime entièrement vinifié par ses soins.
Pour ce faire, elle peut compter sur le soutien de Ludovic Lin, responsable de la vinification sur le domaine, qui lui apporte son expertise afin qu’elle reprenne sereinement la suite. « Il est là depuis 6 ans et on travaille ensemble, donc si je suis à côté de la plaque, il est là pour m’aider », rigole Emilie.
Du côté de Ludovic Lin, cette transition est dans la continuité de la vie du domaine. « Emilie est motivée et elle a beaucoup d’entrain pour reprendre le domaine. Même si lors d’un changement ou d’une transition ce n’est pas toujours évident, c’est un accomplissement pour la vie du domaine. Et c’est toujours sympa de vinifier à deux, surtout que le millésime 2026 risque d’être difficile à vinifier mais si on le fait bien, il pourrait être exceptionnel », souligne Ludovic,
Pour ses premiers pas en tant que future cheffe d’entreprise, le premier challenge d’Emilie a été de déterminer la date des vendanges. « On est toujours les quatre avec Simon, Ludovic, ma maman et moi pour ce genre de décision. On sera plutôt dans la région pour les Chasselas, mais on aime bien faire à la suite avec les Pinots et on ne voulait pas trop tard. On essaie toujours de discuter avec les plus anciens, mais il faut aussi suivre notre intuition et choisir quels compromis on fait. Après, on a beau avoir l’expérience et avoir vécu 40 millésimes, il y a toujours des surprises. C’est la beauté du métier, mais ce qui est très dur aussi », relate Emilie Fauquex.
Une vendange entre amis
Quelques jours plus tard, le Domaine Albert Strauss se retrouvait également dans les vignes pour récolter sa parcelle de Pinot Noir et de Gamay. A la tête des opérations, Laurence Humbert, qui s’occupe de différents travaux de vignes pour le domaine ainsi que des vendanges pour le rouge, distribue les caissettes jaunes et orange aux quelques amis présents. « On a toujours fait les vendanges du rouge avec les amis. C’est la même équipe de potes qui se retrouve pour une matinée dédiée à la vendange », s’enthousiasme Laurence Humbert.
Parmi eux, un voisin qui participe pour la seconde fois aux vendanges avec le Domaine Strauss. « C’est le bonheur de le faire ! J’y participe car c’est toujours un moment sympathique, festif et sportif aussi, sourit-il. J’ai également toujours été sensible au travail des vignerons de la région et j’apprends aussi à voir l’effort que cela demande pour obtenir une bouteille ».
A l’instar du Domaine Fauquex, Albert Strauss a également décidé de commencer plus tôt ses vendanges. « C’est vrai que cette année c’est tôt, mais il faut que l’on s’habitue à cela, car ça va devenir la norme », précise Laurence Humbert. Mais comment a-t-elle déterminé la date pour ses vendanges ? « Avec les prélèvements mais aussi visuellement. Et il faut bien se dire que c’est le raisin qui décide quand on commence », commente-t-elle.
Au niveau des prélèvements, il s’agit de prendre 200 grains de raisin sur la même parcelle, le même rang, par la même personne et les grains sont récoltés au hasard. Cela permet de déterminer le pH (taux d’acidité) et les degrés Oechsle (taux de sucre). Selon les résultats, cela donne quelques indications concernant le début des vendanges.
Avec 480 kg de Pinot et de Gamay ramassés, Albert Strauss, vigneron-encaveur de Riex se réjouit des résultats. « Nous sommes satisfaits de la qualité récoltée et de manière générale de l’état sanitaire des vignes tant pour le rouge qui a été récolté que pour le raisin blanc ».
Des vignes mises à rude épreuve
« De mémoire d’hommes, c’est la première fois que l’on voit une situation comme cela. J’ai commencé à travailler à 17 ans, j’en ai 69 aujourd’hui et même 2003 n’était pas semblable à cette année. Les chiffres pour le pH et les degrés Oechsle sont très étonnants », mentionne Albert Strauss.
L’été caniculaire et le manque d’eau ont cruellement fait souffrir les vignes de Lavaux. Nous pourrions penser qu’un sol plus argileux serait plus humide et aurait mieux retenu l’eau, mais ce n’est pas ce qu’ont observé Simon Vogel et Emilie Fauquex : « Par exemple à Pentes-Rousses (Epesses), c’est là que le raisin a le plus souffert. Les terres argileuses sont plus lourdes et forment de gros blocs compacts, qui s’assèchent et l’eau a plus de peine à pénétrer. Lors de gros orages et qu’il y a beaucoup d’eau d’un coup, on pourrait penser que c’est bon, mais comme c’est trop compact, l’eau n’arrive pas à pénétrer », explique cette dernière.
Il est encore trop tôt pour parler du millésime 2026, même si ce sujet alimente déjà les discussions de carnotzet quant à la qualité et à la quantité de baies récoltées. Il faudra patienter quelques mois pour le découvrir, mais nul doute que la récolte 2026 restera gravée dans les mémoires.
La semaine prochaine, Saint-Saphorin vendangera pour ses aînés et avec ses habitants.


