Solidarité – « Malheureusement, notre association grandit »
En 2025, Suspend’us venait en aide à 1700 personnes. Cette année, à la mi-octobre, elles sont déjà 2052 à avoir bénéficié de son soutien. Rencontre autour d’un café avec Sandrine Gervais, directrice de l’association et Ronny André, boulanger-pâtissier, partenaire à Mézières.

Devant sa boulangerie à Mézières, Ronny André pose aux côtés de Sandrine Gervais, directrice de Suspend’us. Une association qui vient en aide aux personnes dans le besoin sans les stigmatiser
A Naples, la tradition du café suspendu, « caffè sospeso », consiste à payer deux cafés, mais à n’en boire qu’un. Le ticket du second attendra une personne qui n’a pas les moyens de se l’offrir. C’est de cette idée qu’est née, il y a six ans, l’association Suspend’us. « Nous avons voulu élargir le principe à d’autres produits et services », explique Sandrine Gervais. « Du pain, des fleurs, une coupe de cheveux ou encore des soins dentaires. »
Près de 200 commerçants partenaires
« Début 2025, nous comptions moins de 100 commerçants. Aujourd’hui, ce chiffre a plus que doublé ». Arrivée comme bénévole pour développer le réseau mi 2025, elle a pris la direction de l’association depuis le 1er janvier 2026. Sandrine en est l’unique salariée : « Nous avons trois objectifs : chercher des fonds, trouver des commerçants et nous faire connaître. C’est pour cela que je suis employée à temps partiel. »
Le fonctionnement repose sur une plateforme numérique qui préserve l’anonymat des bénéficiaires. Les donateurs peuvent soutenir l’association ou alimenter directement la cagnotte d’un commerce partenaire. Les personnes en difficulté, orientées par des services sociaux comme Caritas, présentent ensuite leur carte anonyme chez les commerçants. Pour l’alimentation, les bénéficiaires disposent de 15 francs par personne et par semaine. « C’est très intelligent et ça favorise les deux parties, la personne qui reçoit et celle qui offre la prestation », relève Ronny André, boulanger à Mézières. « On veut éviter toute stigmatisation. Les gens peuvent retourner dans leur commerce, être accueillis normalement, sans devoir expliquer leur situation ou attirer les regards »,
souligne Sandrine Gervais.
Une solidarité de proximité
A la boulangerie Ronny, à Mézières, le dispositif est encore en cours d’installation. « Ce qui m’a également séduit, c’est que le don va directement à la personne qui en a besoin. » Autre argument décisif, les commerçants peuvent choisir les horaires durant lesquels ils accueillent les bénéficiaires. « Le week-end, nous avons beaucoup de monde. Le lundi, nous avons davantage de temps pour accueillir les gens comme il faut. »
Pour le boulanger, le local n’est pas qu’une question de solidarité. La moitié des matières premières utilisées dans sa boulangerie proviennent d’un rayon de 15 kilomètres : « On aide concrètement des gens de chez nous. Et puis, la précarité ne se voit pas toujours. Une séparation, un loyer à assumer seul et un salaire qui ne suffit plus. Des personnes qui venaient chez nous ne peuvent peut-être plus venir. Suspend’us leur offre l’opportunité de retourner se socialiser, de se faire plaisir dans un endroit public. »
Sandrine Gervais évoque ces bénéficiaires qui, une fois leur situation améliorée, restent souvent fidèles aux commerces qui les ont accueillis. Certains deviennent même donateurs : « C’est ce que nous appelons, le cercle vertueux ». La directrice raconte aussi ce message reçu d’une bénéficiaire : « Grâce à vous, j’ai fêté mon anniversaire pour la première fois depuis trois ans ». Une phrase qui la touche particulièrement, en témoigne une larme qu’elle peine à retenir. « On ne va pas éradiquer la pauvreté. Mais si on peut rendre un peu de normalité et de dignité aux personnes en difficulté, c’est déjà beaucoup. »
Un brunch pour remplir les cagnottes
Pour financer son développement, Suspend’us organise un brunch solidaire le dimanche 8 novembre, de 10h à 16h, au refuge de Sauvabelin, à Lausanne. La boulangerie Ronny, la Brasserie du Jorat, la boucherie Haenni et d’autres artisans locaux fourniront les produits. Une tombola et un groupe de musique seront également de la partie.
« L’entrée est à 60 francs. Nous avons voulu un prix accessible pour réunir le plus de monde possible », précise Sandrine Gervais. « L’objectif est d’accueillir environ 90 personnes ». Les recettes destinées à l’association seront reversées aux cagnottes des commerçants, à l’approche des fêtes.
Informations et inscription : projet@suspend-us.com


