La petite histoire des mots
Pillage

Les scènes de violence urbaine et d’émeutes, avec leur lot de dégradations, d’incendies et de pillages, samedi dernier en France, nous ont littéralement sidérés. Il y aurait évidemment beaucoup à dire. Mais nous n’en ferons rien ! Cette chronique étant exclusivement consacrée aux mots et à leur étymologie, nous nous contenterons ici d’explorer l’origine du substantif « pillage » qui désigne un vol massif et destructeur ; un terme dont l’ascendance est pour le moins étrange…
A vrai dire, il existe deux hypothèses sur l’origine latine de ce mot. Selon la première, « pillage » serait issu du mot « pileus » qui désignait un bonnet en feutre dont les maîtres romains coiffaient symboliquement leurs esclaves affranchis, le jour de leur libération. Mais le mot « pileus » évoquait aussi le tissu rudimentaire dont était fait ce bonnet. Avec le temps, et la disparition de l’Empire et de ses pratiques, ce terme finit par désigner exclusivement un vieux chiffon ou une guenille.
C’est au XIVe siècle que l’on aurait assisté au basculement vers le sens de « mise à sac », avec l’apparition, dans notre langue, du verbe « peiller » ou « pilier » qui prit le sens de « déchirer en chiffons » puis de « dépouiller » quelqu’un en lui volant ses vêtements, par la force ou la ruse. Le mot s’étendit ensuite à la soldatesque qui saccageait villes et villages. Le suffixe « -age » fut alors ajouté pour désigner ce vandalisme sauvage qui devint une pratique systématique pendant la Guerre de Cent ans, entre 1337 et 1453.
La seconde hypothèse soutient, quant à elle, que « pillage » serait issu de « pilus » qui, en latin, veut dire « poil », et de son dérivé, le verbe « pilare » qui signifie « arracher les poils » d’un individu ou d’un animal, ou « plumer » une volaille. Par glissement de sens métaphorique, ce terme aurait fini par signifier « dépouiller » une personne ou un lieu de tous ses biens, donnant ainsi naissance, toujours au XIVe siècle, au verbe « piller » et au substantif « pillage ». Laquelle de ses deux hypothèses est la plus vraisemblable ? Les deux, peut-être… Car il n’est pas exclu que « pileus », « pilus » et « pilare » se soient confondus, au fil des siècles, pour nous donner « piller » et « pillage » …
Il est intéressant de noter que les soldats qui pillaient avaient pris l’habitude de se munir de sacs pour y mettre le fruit de leurs rapines. Le mot « saccage » et le verbe « saccager » ont été empruntés, au XVIe siècle, à l’italien « saccheggiare » qui veut dire « piller », lui-même dérivé de « sacco » qui signifie « sac ». C’est de cette époque que date aussi l’expression « mettre à sac ». Elle est directement calquée sur la locution italienne « mettere a sacco » qui désignait l’ordre donné aux soldats par leurs chefs de piller une ville conquise et dévastée, en remplissant leurs sacs de butin.
Rien à voir avec l’expression « l’affaire est dans le sac » qui est apparue un siècle plus tard. Sous l’ Ancien régime, lorsqu’un procès était en cours, toutes les pièces du dossier – les dépositions, les contrats, les preuves, les plaidoiries écrites, etc. – étaient rassemblées et conservées dans un grand sac en toile de lin ou de chanvre, appelé « sac à procès ». Lorsque le jugement était prononcé et que le dossier était définitivement clos, le sac était ouvert, les documents classés, et la partie gagnante pouvait se prévaloir de son succès.


