Oron – Entre espoir et recul, le prix du lait vacille
La coopérative Lait équitable était présente samedi au marché d’Oron dans le cadre de la Journée du lait. L’occasion d’échanger avec le public et de rappeler une réalité inchangée : en 2026, la rémunération des producteurs reste insuffisante.

Une vache miniature peinte en rouge, avec l’inscription « Lait équitable », posée devant le stand. Derrière, une vieille charrette remplie de briques de lait. Au marché d’Oron, la scène attire le regard et sert de point d’accroche pour engager la discussion. Présente sur place, Sonia Horisberger, en charge de la gestion de projet au sein de la coopérative explique la démarche : « Nous nous sommes dit que c’était important d’être présents ici, en dehors des grandes villes, pour aller à la rencontre des consommateurs et les fidéliser. »
Le principe de la coopérative Lait équitable Faireswiss est simple : « Notre rôle, c’est que le lait soit payé correctement aux producteurs. Aujourd’hui, sur chaque litre de lait équitable vendu, le producteur reçoit un franc par litre », précise-t-elle. Dans le cadre de cette Journée du lait du 11 avril, organisée par Swissmilk, 21 événements similaires sont organisés par Faireswiss à travers la Suisse. Au total, près de 9’000 litres de lait équitable ont été distribués gratuitement pendant cette journée.
Une amélioration de courte durée
Pour les producteurs, ce complément de revenu est déterminant. A Saint-Martin (FR), Blaise Maillard élève une cinquantaine de vaches. « Cette plus-value équitable nous permet de combler une partie des coûts de production. Sans ça, on tourne juste juste… on limite les dégâts », confie-t-il.
Souvenez-vous, en 2024, les producteurs de lait et plus largement les agriculteurs s’étaient mobilisés à plusieurs reprises en Suisse, notamment lors d’actions devant l’Office fédéral de l’agriculture à Berne, pour dénoncer une rémunération jugée insuffisante ou encore, des charges administratives trop importantes. Après une période d’espoir dans la foulée de ces mobilisations, la situation s’est à nouveau dégradée. « Il y a un an, j’aurais dit qu’on allait vers le mieux. Aujourd’hui, c’est à nouveau plus compliqué », poursuit-il. Les explications avancées comme le contexte international, les besoins administratifs, laissent les producteurs sceptiques. « On ne sait jamais vraiment pourquoi. Une fois c’est une raison, une autre fois autre chose… mais au final, le prix du lait reste insuffisant. »
Au sein de la coopérative, un système de plafonnement permet d’élargir l’accès. « Chaque producteur peut intégrer un litrage limité, en général environ la moitié de sa production, avec un plafond à 180’000 litres par année pour les plus grandes exploitations », détaille Sonia Horisberger. La coopérative compte aujourd’hui 75 producteurs et 120 sont en attente.
Se faire connaître pour exister
Malgré les actions de la coopérative, l’accès aux grandes enseignes reste limité : « Nous sommes présents chez Manor, Aldi ou Aligro, ainsi que dans des épiceries régionales. Mais du côté de Coop et Migros, on nous répond que la demande n’est pas suffisante ».
Un argument que la coopérative relativise. « On pense que le consommateur est prêt à payer un peu plus pour faire vivre des familles ». D’où l’importance de maintenir une présence sur le terrain : une baisse des actions en 2025 s’est traduite par un recul des volumes de vente des laits signés équitables.
Dans les exploitations, la prudence domine. « Je pense qu’il y aura toujours besoin de lait. J’ai envie de croire que ça ira vers le mieux, mais aujourd’hui, on avance au jour le jour », explique Blaise Maillard. Les charges administratives restent également un point de tension. « On nous avait parlé de simplifications, mais très peu de choses ont été faites. On attend toujours, et on voit même arriver de nouvelles contraintes. »
Parallèlement, les alternatives végétales comme les laits de riz ou de soja gagnent en visibilité dans les rayons. Leur chiffre d’affaires a presque doublé entre 2017 et 2021, passant d’environ 96 millions à 172 millions de francs. Une croissance continue, même si ces produits restent marginaux face à la filière laitière suisse qui représente chaque année plusieurs milliards de francs de valeur, de la production à la transformation.


