La petite histoire des mots
Inflation

La fermeture du détroit d’Ormuz génère un risque d’inflation majeur et immédiat. Ce blocage entraîne déjà une hausse brutale des prix du pétrole et du gaz, le détroit, seul accès vers et hors du golfe Persique, étant une artère vitale pour un cinquième de l’offre mondiale. Selon de nombreux économistes, les prévisions d’inflation pour l’année en cours doivent être revues à la hausse : environ 3 % dans les grandes économies, avec un ralentissement de la croissance. Rien de très réjouissant pour notre porte-monnaie.
De nos jours, le mot « inflation » désigne surtout une augmentation générale, souvent durable, des produits et des services, ce qui entraîne une perte de la valeur de la monnaie. Elle réduit le pouvoir d’achat, car une même quantité d’argent permet d’acheter moins de produits qu’auparavant. Elle se mesure principalement via l’Indice des Prix à la Consommation (IPC). Le sens économique moderne de ce terme n’apparaît que dans les années 1830, en anglais américain. Et ce n’est qu’au début du XXe siècle que le français l’adopte à son tour dans cette acceptation.
Que ce soit en français ou en anglais, « Inflation » vient du substantif latin « inflatio » qui signifie « gonflement » ou « enflure ». Il est issu du verbe « inflare » qui veut dire « enfler » ou « gonfler », composé du préfixe in- (dans) et flare (souffler). Dans notre langue, on trouve déjà ce terme, avec un sens médical, dans un guide chirurgical du début du XIVe siècle, intitulé « La Chirurgie de l’abbé Poutrel ». Il désigne alors le gonflement d’un membre. Deux siècles plus tard, « inflation » prendra aussi le sens de « surabondance ». Aujourd’hui, par exemple, on parle encore d’une « inflation de mots » pour définir un texte utilisant beaucoup trop de termes, là ou peu suffiraient.
L’interprétation monétariste attribue à une « surabondance de monnaie », un rôle décisif dans le phénomène de l’inflation. Lorsque la masse monétaire dépasse la croissance de la production réelle, elle crée un déséquilibre, trop d’argent cherchant à accaparer trop peu de biens disponibles. Ce processus affaiblit la valeur de l’argent, provoquant une augmentation des prix, conformément aux principes de l’offre et de la demande.
En Suisse, c’est la Banque Nationale (BNS) qui est en première ligne pour combattre l’inflation. Comment ? Essentiellement en relevant son taux directeur pour provoquer un renchérissement des crédits. Cette mesure sévère et impopulaire a pour effet de ralentir la demande et, consécutivement, de réduire les pressions inflationnistes.
Terminons par cette citation de l’humoriste argentin Aldo Cammarota, dont le pays a vécu, en 1989, des pics d’inflation monstrueux de 3000 % : « Ce qu’il y a de bien avec l’inflation, c’est que, quand on va au supermarché avec vingt dollars, on en ressort plus vite qu’il y a un an. »


