Le grand retour des producteurs locaux

Vente directe

Thomas Cramatte | La pandémie avec ses multiples restrictions a changé les habitudes des consommateurs. Actuellement, il n’est pas toujours facile de s’approvisionner en produits alimentaires. Les marchés en ville sont annulDes files d’attente où les distances sont respectées
és et les files d’attente dans les centres commerciaux mettent notre patience à rude épreuve avant de pouvoir accéder aux rayons fruits et légumes. Pour bien des raisons, les ventes directes à la ferme explosent en ce moment.  « Depuis le 13 mars, ce jour où tout a changé, j’ai vu les voitures arriver et faire la queue devant mon exploitation », nous apprend un producteur installé dans la région de Puidoux. Si la plupart des citoyens sont confinés, ils consomment davantage en mangeant matin, midi et soir à leur domicile. Alors qu’en temps normal les travailleurs profitent des restaurants, il est logique d’observer un phénomène de réserve alimentaire durant cette période particulière. Les déplacements étant limités, les clients consomment davantage et plus local. 

Changement des habitudes

Les animaux de la ferme offrent une belle distraction

Pour varier des statistiques et autres courbes d’infections, une nouvelle réjouissante est observable en Suisse et plus largement en Europe: les mentalités changent face à la consommation. Un grand nombre de consommateurs tournent le dos aux centres commerciaux pour revenir chez les producteurs locaux. Ce bouleversement intervient pour plusieurs raisons. Bien sûr, les files d’attente des grands magasins n’encouragent pas les consommateurs à patienter durablement. « Je préfère faire la queue devant ce panorama et sous le soleil plutôt que sous les néons des grandes surfaces », explique un client tout sourire en attendant son tour. Car chez les producteurs locaux, les distances de sécurité sont respectées et une seule personne peut pénétrer dans l’exploitation. Hormis cela, la clientèle travaillant à domicile possède plus de temps pour sélectionner des produits régionaux et de saison. De plus, les dépenses non essentielles étant limitées, la clientèle favorise les produits alimentaires comme source de bien-être. Dans le canton de Vaud, ce sont plus de 350 exploitations agricoles qui proposent de la vente directe. La plupart d’entre elles ont vu leur clientèle tripler voire même quadrupler ces dernières semaines. Si l’afflux de clients n’est pas toujours facile à gérer, certains producteurs n’ont pas hésité à engager du personnel en plus pour garantir leurs services. « J’ai engagé trois personnes pour pouvoir suivre le rythme. Certains jours, une quatrième ne serait pas de refus », explique le maraîcher de la région de Puidoux. La fermeture des marchés en ville contribue également au succès de la vente directe. Beaucoup de producteurs s’y rendaient plusieurs fois par semaine pour aller à la rencontre des clients. « Maintenant que les marchés sont interdits, les clients nous téléphonent et on trouve des solutions pour les réapprovisionner », précise le producteur de Puidoux.

Livraison

Les restaurants sont friands des produits saisonniers et régionaux. Actuellement fermés, les producteurs se sont alors recyclés en livreurs pour les personnes à risques. La plupart des livraisons à domicile sont consacrées aux habituels clients des marchés. S’agissant principalement de personnes à risques, il paraissait logique d’augmenter la cadence de livraison. Avec plus d’une centaine de livraisons hebdomadaires, le maraîcher de Puidoux n’a pas eu besoin de faire de la publicité. Le bouche-à-oreille a rapidement fait son effet et amené une nouvelle clientèle. « Je venais déjà avant pour faire mes courses, mais maintenant, ma famille et mes amis me donnent leur liste à commissions », nous apprend un client en attendant son tour.

Retour aux sources

Point positif de la pandémie, on observe un retour aux sources et à certaines valeurs perdues dans notre société moderne. Les producteurs en bénéficient pleinement et espèrent que ces valeurs se perpétueront dans le temps, même lorsque l’on retrouvera la frénésie du quotidien.