La petite histoire des mots

Pangolin

Georges Pop | Les responsables de la pandémie sont désormais désignés : selon des chercheurs dont les conclusions ont été publiées par le magazine de référence Science, le Covid-19 serait bien le résultat d’une fusion funeste entre deux virus, à l’origine inoffensifs pour les êtres humains : le premier était présent chez la chauve-souris et le second, très proche du premier, présent chez le pangolin, une aimable petite bête en voie de disparition dont les Chinois sont très friands. De la viande de pangolin était vendue sur les étals du marché de Wuhan, point de départ de la pandémie. C’est là que le virus serait passé de l’animal à l’homme, avant de se répandre comme l’éclair sur toute la planète. Qui avait déjà entendu ici parler du pangolin avant le début de l’épidémie ? A l’évidence, pas grand monde ! Ce petit mammifère ressemble un peu à un tatou qui comme lui est couvert d’écailles. Comme le tatou, le pangolin est myrmécophage, ce qui veut dire qu’il se nourrit de fourmis en grattant les fourmilières grâce à ses longues griffes. Sa taille varie de 60 centimètres  à plus d’un mètre pour le pangolin géant. Le nom de ce petit animal, présent notamment dans les forêts et les savanes des régions tropicales et équatoriales d’Afrique et d’Asie du sud-est, a été introduit dans la langue française en 1878 par l’Académie. Le mot « Pangolin » a tout simplement été emprunté au malais «pang golin » qui veut dire « animal qui s’enroule », car l’animal s’immobilise et se roule en boule à l’approche du danger, ce qui le rend particulièrement facile à capturer par les braconniers. Mais c’est un des animaux les plus difficiles à étudier en captivité. Depuis que les scientifiques l’ont soupçonné d’avoir transmis le coronavirus à l’homme, l’animal le plus braconné au monde est étudié par les scientifiques afin de parvenir à mieux le protéger. C’est le cas en Centrafrique où une vétérinaire suisse, Maja Gudehus, a convaincu les Pygmées de la forêt à l’aider à protéger et à étudier les pangolins. Au Gabon cependant, même si le pangolin est déjà protégé par la loi, sa viande, très appréciée des Gabonais, était toujours disponible sur les marchés de la capitale, Libreville, il y a quelques jours encore, tout comme la viande de chauve-souris. Autre mauvaise nouvelle : la douane de Malaisie a saisi, il y a juste une semaine, plus de six tonnes d’écailles de pangolin, destinées à la Chine, dont la valeur est estimée à 18 millions de dollars américains; preuve que malgré la pandémie, le trafic se poursuit. Outre leur viande, les écailles de milliers de pangolins passent chaque année en contrebande en Chine à des fins médicinales. Les coronavirus pouvant être transmis par des fluides corporels, le commerce de pangolins vivants à des fins alimentaires reste très alarmant pour la propagation de la maladie. Certains fondamentalistes de la cause animale pourraient voir dans la pandémie une sorte de châtiment de la part d’un animal méthodiquement exterminé. Mais le pangolin est un animal foncièrement pacifique est innocent. Seules l’ignorance et la cupidité de l’Homme sont ici en cause !