De la pierre à la brique, de l’argile au bois

L’économie de la forêt  et celle du bois offrent près d’un millier de places de travail

Gérard Bourquenoud  | La pierre, c’est la nature, la brique c’est l’homme. Car dans les régions où la pierre était rare, l’homme a transformé l’argile en brique. Une invention primordiale pour certains pays qui n’avaient aucun autre matériau pour construire les habitations. Cette technique s’est répandue sur les cinq continents, sans négliger le bois considéré comme un élément protecteur. 

La construction a commencé  avec de la terre crue et quatre types de murs: le torchis, le pisé, la bauge et l’adobe. Si de tels matériaux ont presque disparu sous nos climats, le torchis a été le plus largement utilisé et reste encore présent. Ne le trouvait-on pas dans la plupart des régions de notre pays ? Le torchis est fait d’argile malaxée avec de l’eau. S’il est régulièrement entretenu, il ne se dégrade pas. Il est cependant considéré comme un matériau pauvre, mais  très économique. Son usage est aisé et constitue un isolant thermique et phonique de qualité.  On peut même dire qu’il permet  aux murs de « respirer ». De l’argile crue et malaxée, est venue la brique moulée, crue ou cuite, largement utilisée à la Grande Muraille de Chine et au Colisée de Rome. La fabrication des briques crues et séchées au soleil ne demandait pas un gros travail ni grand soin. D’un module dit « romain », son coût était à la portée de main des familles les plus pauvres. Plus pérenne que le bois, plus aisée à œuvrer que la pierre taillée, résistant au temps, la brique fait aujourd’hui partie de notre patrimoine. Un patrimoine que l’on  conserve  et que l’on restaure. 

Du bois de qualité et en quantité

Sur des fondements en pierre,
ce chalet-restaurant de la Berra a été construit tout de bois

L’arbre est un dieu protecteur qui nous enseigne la tradition celtique. Il apparaît donc normal que l’on se sente bien dans sa maison de bois. Matériau vivant, le bois bouge, craque. Il s’impose naturellement en montagne, avec de multiples techniques, dans la construction de chalets d’alpage et de vacances, de balcons, de petites fermettes et greniers. Le bois est de plus en plus utilisé dans la réalisation de salles polyvalentes et de sports, à l’intérieur des bâtiments scolaires, à la construction de maisons familiales ou encore des balcons qui sont pour la plupart construits en sapin ou épicéa. Il y a aussi cet espace appelé communément « dedans-dehors » qui joue, en fait, le rôle d’un circuit externe entre les différentes pièces. Lorsqu’il neige, vente ou que le soleil est brûlant, il permet de sécher le linge, le chanvre, le maïs et d’entreposer quelques récoltes à porter de main pendant l’hiver. 

Egalement source d’énergie 

Après l’hydraulique, le bois est la deuxième source d’énergie renouvelable la plus importante de Suisse. Et en plus, il est neutre en carbone. Les pellets sont fabriqués à partir de résidus issus de l’industrie de transformation du bois, donc un produit recyclé qui présente un certain avantage écologique. L’économie de la forêt  et celle du bois offrent près d’un millier de places de travail. L’exploitation de l’énergie du bois permet également d’économiser des centaines de milliers de tonnes de mazout, ce qui correspond à un train de marchandises long de 130 km. Entre 4 et 6 m3 de bois sont brûlés chaque minute dans notre pays pour la production d’énergie. Cela correspond à la consommation annuelle d’une maison individuelle entièrement chauffée au bois. Le potentiel supplémentaire de bois d’énergie suffirait pour chauffer plus d’un demi-million de maisons familiales durant une année. Il a fallu 300 millions d’années pour que se constituent les réserves d’énergies fossiles dont nous disposons aujourd’hui. En admettant qu’il faut mille ans pour brûler toutes ces réserves, le temps de leur consommation serait  300’000 fois plus court que celui de leur création.