A Aran, les liens sociaux se resserrent autour du caveau des Vignerons

Déconfinement

Thomas Cramatte | Après plusieurs mois sans liens sociaux, les prétextes pour se retrouver autour d’un verre ne manquent pas. A la suite des restaurants et autres établissements gastronomiques, c’est au tour des caveaux de pouvoir à nouveau ouvrir leurs portes. Si certains d’entre eux ont réussi à maintenir une faible activité pendant les restrictions, la majorité a été contrainte de fermer, faute de place. Le vignoble de Lavaux, avec ses pentes abruptes et ses villages étroits, ne permet pas toujours aux tenanciers d’adapter leur surface. Cependant, le dernier assouplissement des mesures permet à nouveau des rassemblements de 30 personnes à partir du 30 mai. Il n’en fallait pas plus pour que les 9 vignerons du caveau d’Aran-Villette rouvrent leurs portes à partir du vendredi 5 juin.

Place St-Vincent, 17h

En arrivant aux abords du caveau, des pancartes apposées sur les vitres informent de la réouverture à 17 heures. A l’intérieur, quelques amoureux du vin ont déjà pris place sur une des 6 tables que compte l’établissement. Audibles depuis la place St-Vincent, leurs voix nous rappellent les temps d’autrefois, d’avant Monsieur le virus. La femme de l’un des vignerons du caveau nous attend à l’intérieur. « Qu’est-ce que je vous sers? Chasselas ? » Valérie Chollet, derrière son sourire, questionne ses hôtes sur leurs désirs viticoles avec passion. Elle informe que son mari, Vincent, est sur le retour d’une livraison pour un restaurant. « Il ne devrait plus tarder à arriver maintenant ».

Caveau des Vignerons, 17h37

L’établissement se remplit progressivement. Quatre personnes prennent place, suivies de trois autres venues en famille. « Bonjour, volontiers une bouteille de Chasselas avec une planchette », résonne une voix d’homme à l’accent local. L’ambiance monte rapidement d’un cran. « Vous êtes des habitués des lieux », demandais-je. « Nous habitons à Riex, mais le caveau villageois étant fermé, nous sommes venus soutenir les vignerons de Aran pour leur réouverture », me répond l’un des visiteurs.

17h53

La voiture affichait 14 degrés sur le trajet. Pourtant, la porte d’entrée du caveau est grande ouverte, comme invitant les passants à rejoindre la bonne humeur régnant sous les voûtes du lieu. Vincent Chollet est de retour de sa livraison. On remplace la poignée de main par une étrille des coudes, avant de procéder à l’interview préparé la veille.

18h19

Alors Vincent, content de pouvoir enfin rouvrir le caveau ? « Oh oui », répond le gérant du Domaine Mermetus qui, comme beaucoup de citoyens, a souffert du manque de liens sociaux durant la période de restrictions. « C’est plaisant d’entendre à nouveau des verres se heurter entre ces murs, beaucoup d’établissements n’ont pas encore annoncé de date de réouverture » poursuit-il. Dans la région, la majeure partie des caveaux rouvriront le 13 juin. Mais pour Vincent et ses acolytes, le besoin de renouer avec la population se faisait ressentir. « Nous sommes tous motivés à rouvrir le Caveau ». Un plaisir partagé, car, malgré la pluie qui s’est invitée et qui a empêché de profiter de la terrasse, la réouverture du caveau est un franc succès. « A vue d’œil, il y a environ 20 personnes qui sont venues, une affluence comme à l’accoutumée ». Pour un redémarrage en toute sécurité, deux tables ont été supprimées afin d’assurer une distance adaptée. Sur les étagères, plusieurs flacons de désinfectants hydroalcooliques sont venus rejoindre le stock d’alcool du caveau. «A partir de demain, huit personnes pourront se retrouver autour d’une table ». En effet, la limite des 4 personnes par table n’est plus imposable pour les grands groupes dans les restaurants à partir du 6 juin. 

18h47

Vincent, expliquez-moi comment vous avez vécu cette pandémie dans vos vignes ? « Plutôt bien », répond-il, tout en saluant deux nouveaux arrivants. La météo clémente depuis la mi-mars a permis aux professionnels de la terre de se consacrer pleinement à leur métier. Comme un retour aux sources, à des valeurs terriennes sans perturbations modernes. « J’ai redécouvert le plaisir d’avoir des journées de travail ininterrompues », confie le vigneron. Cette année se présente bien pour le vignoble, chaleur idéale et temps sec ont permis à la vigne de se développer convenablement. « De plus, les pluies sont toujours arrivées au bon moment », se réjouit Vincent. S’il y a toujours une part d’incertitude dans la viticulture, 2020 rime pour l’instant avec bonne santé. Drôle de coïncidence pour cette année pandémique.

19h12

En quittant le caveau, le thermomètre affiche toujours 14 degrés. Peut-être qu’un verre de vin une fois de retour à la maison permettra de retrouver la chaleur qui règne entre les murs de ce lieu de vie.

Le plaisir de refaire santé en communanté
Valérie et Vincent Chollet