Cinéma – Des nouvelles du cerveau et de nos cinémas locaux

Le cinéma de la grande salle à Chexbres a fait sa rentrée, le cinéma d’Oron propose une avant-première vendredi, et en attendant, il nous donne « cinq nouvelles du cerveau ». 

Pire que la bombe atomique

Charlyne Genoud | «Cinq nouvelles du cerveau », le nouveau film du documentariste suisse Jean-Stéphane Bron dresse en cinq chapitres et par l’entremise de cinq protagonistes un état de la recherche en neurosciences. Si le sujet d’une intelligence artificielle qui dépasserait les capacités humaines hante déjà l’imaginaire collectif, pour Nils Birbaumer, l’un des chercheurs passé devant la caméra de Bron, ce progrès technique pourrait même avoir « des effets pire que ceux de la bombe atomique ».

Le long métrage donne aussi l’occasion de voir des robots évoluer avec des humains et humaines

Cinq cerveaux 

Cinq nouvelles, cinq chapitres, et autant de protagonistes pour ce documentaire compilant des plans de témoignages face caméra attendus et des plans surprenants, au sein desquelles la mise en scène ne se laisse pas invisibiliser. Impossible en effet de l’oublier lorsque le premier protagoniste Alexandre Pouget raconte à sa fille - visible par une amorce d’épaule - plutôt qu’à la caméra ce qui constitue l’introduction du film. Ou encore lorsque la petite famille du chercheur se retrouve à table, les visages éclairés à la lumière de bougies, alors qu’un orage se devine au travers de la baie vitrée derrière eux et que leurs voix sont entrecoupées par le tonnerre. Dès lors, par instants, ces séquences nous feraient presque oublier que nous sommes face à un documentaire et non face à de la fiction par leur esthétique, mais aussi, peut-être, parce qu’elles accompagnent un sujet qui nous semble encore irréel.

La frontière avec le réel

Cet aspect visuel est relayé par l’écriture du film, puisque le scénario combine la vie professionnelle et scientifique de ses protagonistes à des aspects beaucoup plus sentimentaux et subjectifs, qui donnent parfois brièvement au film des allures de comédie hollywoodienne. Ces chercheurs.euses sont ainsi montré.e.s dans toute leur humanité. Sorti.e.s de leurs bureaux et de leurs blouses blanches, ils et elles sont vu.e.s tour à tour en famille, avec chien ou enfant, dans une cathédrale adorée, autour d’un repas. Est-ce là une manière de rendre le progrès technique moins effrayant ? Jean-Stéphane Bron semble en tous cas avoir trouvé par ce biais un moyen de dépasser le documentaire trop codifié pour amener subtilement des questionnements philosophiques et politiques.

Ethicopoliticophilosophique ?

Car si l’on peut aveuglément cantonner la problématique abordée par Bron aux sciences dures, une fois nos yeux ouverts, force est de constater que le développement de la robotique ou de l’intelligence artificielle ne peut avancer sans nous influencer toutes et tous, ce qui en fait un sujet profondément politique, philosophique et idéologique. Questionner le rapport homme-machine mène ainsi l’un des chercheurs à questionner la différence des niveaux de conscience entre l’homme et l’animal jusqu’à formuler la question en des termes plus clairs et limpides : « Are we special ? » demande-t-il. A ceci semble répondre Christof Koch, sorte de professeur tournesol fan de son chien, théorisant la conscience. Parce qu’elle développe une nouvelle forme de pouvoir, la recherche en robotique est aussi très polémique, ce qui se lit entre les mots de la dernière des cinq protagonistes de Bron. Aude Billard, chercheuse en robotique à l’EPFL explique ainsi, comme répondant à des détracteurs ou détractrices qui seraient contre la réplique de la main humaine qu’elle conçoit actuellement pour remplacer les petites mains de l’horlogerie, que le vrai problème est d’avoir utilisé le cerveau humain pour des tâches répétitives et donc pas faites pour lui. 

Avant-première

Une saga à Oron

Ce vendredi 10 septembre à vingt heures, ne manquez pas l’avant-première de « La Saga Bertil Galland », à laquelle seront présents le réalisateur Frederic Gonseth
et Bertil Galland
. Présenté en avant-première dans le cadre du Morges Open Air et du Livre sur les Quais, le long-métrage du documentariste vaudois né en 1950 retrace la vie du découvreur et passionné de littérature Bertil Galland, éditeur de Jacques Chessex, Corinna Bille ou Nicolas Bouvier pour ne citer qu’eux. Après l’avant-première, le film sortira le 15 septembre au cinéma d’Oron. C.G.

La rentrée de la grande salle 

Le cinéma de Chexbres a réouvert ses portes la semaine passée. Au programme de ce mois de septembre, beaucoup de très bonnes sorties de ces derniers mois, à voir de toute urgence pour peu qu’on les ait manquées. Vendredi et samedi soir sera ainsi projeté «Benedetta», le dernier film de Paul Verhoeven ayant fait scandale à Cannes cet été, qui raconte l’arrivée au couvent de Benedetta Carlini, capable de faire des miracles. «Drunk», le petit dernier de Thomas Vinterberg, dont nous parlions dans cette même rubrique il y a quelques mois, sera projeté les 24 et 25 septembre. Et pour sombrer dans le mois d’octobre, Cruella occupera l’écran du cinéma de la grande salle les 28 et 29 septembre. Le nouveau Disney conte l’enfance et les premiers pas dans le monde professionnel de la grande méchante des «101 Dalmatiens», et dévoile en même temps la raison de sa cruauté. Comme «le Joker» il y a deux ans, «Cruella» semble s’inscrire dans ce courant de films cherchant l’empathie avec le a priori méchant, l’horrible ou le cruel, de manière à inverser le système de valeur et questionner la responsabilité du système social. C.G.