Vuibroye – Une vraie vie de chat de ferme, mais…

Pirouette, un an déjà…

Pirouette | Je suis une chatte tigrée. Je vivais des jours tranquilles et sans histoire dans une ferme de Vuibroye. Je vivais en compagnie de deux autres compères, ainsi que de nombreux animaux de ferme; je jouais, je dormais, je chassais, ma vie était tout ce qu’il y a de plus banal, une vraie vie de chat de ferme, une chatte sans histoire, presque anonyme. Ma vie a basculé le samedi 17 mars 2018, une journée cauchemardesque. Imaginez un peu, curieuse, je m’étais introduite sous le capot de la voiture, quand mes maîtres ont mis le moteur du véhicule en marche et ont démarré en trombe en direction d’Oron. Je n’étais pas préparée pour un exercice en soufflerie, à l’accélération je partais en arrière, aux coups de freins, je risquais la pirouette. A chaque îlot, je prenais un coup de volant à droite et ensuite un à gauche et tout ceci sans pouvoir anticiper. J’étais bloquée dans cette carcasse métallique. Imaginez-moi agrippée sur du métal, aucune prise pour mes griffes qui ne me servaient à rien, une courroie qui tourne à vive allure, voir défiler l’asphalte à toute vitesse, sans casque et le poil ébouriffé par le vent s’introduisant sous le capot, avec le passage sur les voies à Châtillens. Et tous les virages que l’on m’imposait, un vrai calvaire. Je pensais sincèrement que ma dernière heure était arrivée avec ce bruit infernal de mécanique, cette odeur d’huile chaude. Dans mon malheur, le voyage n’aura duré pas plus de dix minutes. Cela vous semble court, mais pour moi pas du tout, une éternité, un vrai traumatisme. Le moteur arrêté, je miaule pour avertir l’organisateur de cette sortie involontaire. On ouvre le capot et effrayée je m’échappe, je traverse la route où le bruit est assourdissant, passage de véhicules, de camions. Une deuxième chance de sauver ma peau, mais j’ai eu très chaud. Je m’échappe à toute vitesse vers l’endroit le plus tranquille du coin et plonge en direction de l’église catholique d’Oron. A bout de souffle, je disparais dans le quartier et reste perdue au grand dam de mes propriétaires. Commence alors une période d’errance, je suis à l’affût du moindre bruit, je suis traumatisée, je me terre sous les haies de thuyas. Les humains, je ne les supporte plus. Après un ou deux jours, on essaie de me capturer avec une caisse noire, mais en aucun cas je vais me laisser avoir, je préfère crever de faim. Je continue ma vie de clocharde au chemin des Chênes. On m’appelle régulièrement: «Pirouette, Pirouette…» Je vais vous en donner des pirouettes, j’en ai assez fait durant mon déplacement; d’ailleurs, je ne supporte plus ce nom! Le coin était plutôt tranquille, jusqu’au jour où des hommes vêtus d’habits couleur orange, casqués, débarquent avec des tronçonneuses. Ce bruit infernal, strident va durer une semaine, du matin au soir. Un hélicoptère à double rotor va venir en renfort pour débarrasser les billes de bois. Me voilà de nouveau tapie au sol à longueur de journée. Ce n’est vraiment plus les journées douces que j’avais l’habitude de savourer chez mes maîtres à la ferme. On me procure de la nourriture, et après mûres réflexions, la faim aidant, mes journées monotones sous les thuyas, je tente de brefs contacts à distance et vais chaparder le repas d’une chatte beige qui m’observe sans broncher. Je prends de l’assurance et on s’approche de moi de jour en jour; je reste tout de même très craintive et méfiante. Après plus d’un mois d’errance, le 23 avril, j’accepte une caresse, je prends mon repas quotidien et file dans les champs à quelques centaines de mètres en compagnie d’autres chats, et c’est là que se termine mon escapade car ma maîtresse arrive sur les lieux et m’appelle. Je ne pouvais résister plus longtemps et me laisse emmener à la ferme de Vuibroye où je retrouve mes repères, mon sac de nourriture et je dois dire que je me suis repue à volonté. Après 37 jours d’exil je retrouve enfin mon chez-moi, quel bonheur! Un vrai conte qui finit bien.