Oron – Nouveau chapitre pour le pasteur

Retraite du pasteur Jean Jacques Raymond

Gil. Colliard | Alors qu’il aurait pu se retirer en février, le pasteur Jean Jacques Raymond a choisi de poursuivre son ministère jusqu’en fin de l’année paroissiale. Au 1er juillet, il quittera non seulement sa fonction mais aussi la cure d’Oron, un endroit qui lui ressemble, simple, chaleureux, où le calme règne et vous enveloppe. Près de la cheminée, un portrait de frère Roger Schutz, fondateur de la Communauté des Frères de Taizé qui vécut là son adolescence, son père étant alors pasteur de la paroisse d’Oron. Symboliquement, c’est sous l’if du jardin, où frère Roger reçut son intuition, que Jean Jacques Raymond a choisi de se faire photographier après avoir relaté les étapes de son parcours d’homme et de pasteur.

A la recherche des fondements de son ministère

Genevois d’origine, mais Lausannois de naissance, Jean Jacques Raymond a également passé deux ans en France, retournant aux lointaines origines de son arrière-grand-père, ainsi qu’une année pendant la période de son baccalauréat. Né dans une famille chrétienne où la foi était bien vivante, le jeune homme a vécu un temps d’interrogation sur l’existence où l’engagement dans un groupe de JP (jeunesse paroissiale) a été pour lui une étape importante. Bac en philosophie/lettres en poche, il ressentit l’envie de mettre en pratique sa foi dans le service de Dieu, et entreprit des études de théologie à Lausanne. Après sa licence, il fit un stage pastoral, avant de prendre un temps de réflexion se traduisant par une activité de chauffeur de taxi et parallèlement en côtoyant des gens préoccupés par la vie de l’Eglise, en participant notamment à des nuits de prières. «Une période enrichissante reliée à une démarche personnelle d’attention à l’unité, en particulier entre les Eglises. Un temps fort où j’ai vécu également des pèlerinages pour l’unité à Jérusalem au cours desquels j’ai découvert l’esprit des Eglises orientales. En moi, quelque chose d’important concernant la vie de l’Eglise est né. J’ai perçu la difficulté de trouver un chemin de paix entre des Eglises de cultures différentes, notamment là où politique et Eglise sont imbriquées» se souvient-il. Aimant marcher tout en méditant, il a découvert dans cette période l’essence de son ministère: l’amour gratuit puisé en Dieu, rendant possible de nouvelles relations; la recherche de l’harmonie en soi et avec ses semblables. 

Un parcours marqué par la beauté, les difficultés et la passion

En 1987, consacré pasteur à la cathédrale de Lausanne il a vécu son premier poste de titulaire dans la paroisse de Combremont. Une immersion dans la campagne, pour le jeune citadin épris de nature. «J’avais l’impression d’une immense terre avec quelques petits toits perdus, j’ai découvert avec joie la vie rurale, ce fut une belle expérience» dit-il. En 1989, il épouse Anne-Françoise, enseignante; la bénédiction de leur mariage est célébrée au cœur de la paroisse, dans le temple de Combremont-le-Grand. Il initie avec le prêtre de la région la première célébration œcuménique dans cette paroisse aux portes du canton de Fribourg. Bien que de proximité naturelle, protestants et catholiques craignaient de se rencontrer. En 1990, le début des restructurations de l’Eglise réformée vaudoise l’ont poussé à partir pour Préverenges, une paroisse dont la configuration du poste correspondait à son désir de vivre l’unité dans son ministère. Entretemps, c’est dans cette paroisse du bord du lac que la famille s’agrandit avec les naissances de Pierre-François, Jean et Claire. «Malgré la panoplie des activités pastorales, je suis reconnaissant d’avoir pu aménager mon temps pour être mari, père et pasteur» souligne-t-il. «Je suis par ailleurs reconnaissant à mon épouse de son engagement auprès de notre famille, elle qui a laissé pour un temps sa vie professionnelle. Nous avons porté les choses à deux» relève-t-il.  En 1999 nouveau départ pour Orbe, une paroisse qui sortait d’une période relationnelle difficile, coïncidant avec la nouvelle refonte de la cartographie paroissiale. Le ministère devenant à la fois paroissial et régional. Devant l’évolution du métier, il a fallu garder son âme pastorale et ne pas se perdre dans l’organisation structurelle. «J’y ai vécu des choses difficiles et de belles, telle la célébration des 500 ans de la mort de Loyse de Savoie, une duchesse devenue moniale. Une manifestation alliant art, Eglises catholique et protestante, culture et commune: un événement rassembleur» aime-t-il à se souvenir. En 2007, il pratiqua le vicariat dans la paroisse de Granges et environs, puis dans la paroisse du Jorat.
 

Oron-Palézieux, dernière paroisse: un temps riche et fécond 

En 2009 il postula à Oron-Palézieux et s’y installa avec sa famille dans le courant de l’année. Une découverte géographique qui l’a ému de par la vue sur les Préalpes et son paysage en souples vallons, à l’image du caractère des habitants, moins rude que dans le pied du Jura. «J’ai été heureusement surpris de voir que 10 villages arrivent à se mettre ensemble tout en gardant leur spécificité. Dans cette nouvelle commune, je suis encore impressionné par le travail de la voirie où le balai est donné chaque jour et les hommes sont sympathiques.» Arrivé dans cette paroisse que le deuil d’Evelyne Roland, pasteure, avait tout à la fois fragilisée et resserrée dans ses liens, il y vit une expérience de vie communautaire réelle. En 2011, Olivier Rosselet l’a rejoint. «Notre différence est une force sur laquelle nous nous appuyons. Ma relation avec Olivier est une belle expérience» exprime le futur retraité. Avec son collègue et le Conseil paroissial il a mis ses forces dans les choses essentielles, au service de la dimension humaine, dans une démarche fraternelle et communautaire. Dans l’aspect régional de son ministère, il a été à l’origine du «caté-rando», une occasion de faire découvrir la Broye et sa nature aux jeunes tout en pratiquant marche et réflexion. Puis il s’est orienté dans l’aumônerie des Etablissements médico-sociaux de la région, une expérience enrichissante. En juillet, il quittera la cure d’Oron pour s’installer dans la paroisse. Dans cette entrée à la retraite, Jean Jacques Raymond aspire à faire «jachère» une année, désirant s’offrir du temps et de l’espace gratuits pour laisser surgir l’inattendu. «Etre à la maison, passer des soirées à deux, reprendre la guitare, je suis passionné de haute montagne, j’aime sa beauté, son silence, retrouver le plaisir du ski de randonnée mais surtout marcher pour méditer seul ou en groupe» se réjouit-il. Souhaitons-lui d’ores et déjà une longue et riche retraite.