Votation cantonale
Faut-il réduire les impôts pour redonner du pouvoir d’achat ?
Le 27 septembre, les Vaudois devront répondre à une question assez simple : veulent-ils payer moins d’impôts ? Une baisse qui promet davantage de pouvoir d’achat, mais aussi moins d’argent dans les caisses de l’État.

L’initiative « Baisse d’impôts pour tous » demande de réduire l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune des personnes physiques. Mais qui profiterait réellement de cette baisse ? Le canton peut-il se permettre de perdre les 272 millions de recettes estimées ? Les prestations risquent-elles d’en pâtir ? Et les communes pourraient-elles finir par passer à la caisse ?
Pour en débattre, Le Courrier a réuni Muriel Thalmann, députée socialiste au Grand Conseil et opposée à l’initiative, et Jean-François Thuillard, député UDC et membre du comité d’initiative. Deux élus, deux visions bien différentes de la fiscalité vaudoise.
Le Courrier : Pourquoi voter contre une baisse d’impôts ?
Muriel Thalmann : « Parce qu’elle est totalement inéquitable. Cette baisse va surtout bénéficier aux personnes les plus aisées. Nous préférons des mesures qui ciblent réellement la classe moyenne. Et surtout, le canton puise déjà dans ses réserves. Ce n’est pas le moment de diminuer encore ses recettes. »
Et pourquoi, au contraire, faut-il voter oui ?
Jean-François Thuillard : « Parce qu’il faut donner une bouffée d’air à la classe moyenne et à ceux qui travaillent. Plus on gagne, plus on paie d’impôts, c’est le principe de la progressivité. Mais le canton de Vaud reste parmi les cantons les plus fiscalisés de Suisse. Il faut arrêter de perdre des contribuables et des entreprises pour des raisons fiscales. »
Avec cette initiative, on a le sentiment que les Vaudois paient trop d’impôts depuis longtemps. Est-ce qu’à titre personnel, vous avez le sentiment de payer trop d’impôts ?
J.-F. T. : « Oui, personnellement, je trouve que j’en paie trop. On a une administration devenue trop lourde, avec toujours plus de normes et de réglementations. Tout cela a un coût. »
M. T. : « Moi aussi, je paie beaucoup d’impôts, mais je trouve cela normal. Ils financent des infrastructures, des universités ouvertes à toutes et tous et des prestations qui permettent à des personnes de ne pas tomber dans la pauvreté. Pour moi, cet argent est utile. »
Prenons deux familles, chacune avec deux enfants :
Avec 120’000 francs de revenu imposable, la première économiserait environ 1’400 francs par année. Avec 240’000 francs, la seconde environ 3’700 francs. N’est-ce pas la preuve de ce qu’affirme la gauche : plus on gagne, plus on profite de la baisse ?
M. T. : « Quand on parle de 120’000 francs de revenu imposable, il faut rappeler que le revenu brut est déjà nettement supérieur. Cette famille économisera peut-être 1’400 francs par année, mais elle pourrait parallèlement payer davantage pour la garde de ses enfants, attendre plus longtemps pour certaines prestations ou être moins bien desservie par les transports publics. Au final, elle n’est pas forcément gagnante. C’est pour cela que nous parlons d’un cadeau fiscal qui profite aux plus aisés. »
J.-F. T. : « Je n’appelle pas cela un cadeau fiscal. Ceux qui gagnent davantage paient aussi davantage d’impôts. Ce qui me dérange, c’est de voir des contribuables ou des entreprises quitter le canton en raison de la fiscalité. Une baisse permettrait aussi de maintenir l’attractivité dans le canton et de soutenir l’économie vaudoise. »
Les prestations publiques sont-elles réellement menacées ?
M. T. : « Le Conseil d’Etat a déjà annoncé qu’en cas d’acceptation le 27 septembre, il devrait rouvrir le budget. Cela veut dire qu’il faudra trouver des économies très rapidement. On parle de 272 millions de recettes en moins avec cette initiative. Sans oublier que le canton puise déjà chaque année 500 millions dans ses réserves. On ne peut pas dire qu’il ne se passera rien. »
J.-F. T. : « C’est justement là qu’il faut se demander où l’Etat dépense trop. On ne peut pas continuer à faire progresser les charges plus vite que les recettes. Il faut travailler sur l’administration, devenue trop lourde, et regarder dans chaque département où des économies peuvent être faites. Je pense qu’il est possible de diminuer les charges sans réduire les prestations actuelles. Il faut aller à la base du système et regarder concrètement où l’on peut économiser. »
Mais peut-on garantir aujourd’hui que ces économies se feront sans toucher aux prestations ?
J.-F. T. : « A aucun moment nous n’avons parlé de diminuer les prestations. Je pense qu’il est possible de faire des économies sans toucher aux prestations. Il faut regarder dans chaque département où des économies peuvent être faites. L’administration est trop lourde. On peut aussi mieux contrôler certaines prestations et éviter d’arroser tout le monde. »
M. T. : « L’efficience doit être améliorée, je suis d’accord. Mais on ne rend pas un Etat plus efficace avec un coup de massue du jour au lendemain. Il faut travailler avec des données, et non des ressentis, revoir les processus et laisser le temps aux réformes de produire leurs effets. »
Le canton risque-t-il de se retourner vers les communes ?
M. T. : « Il existe une clause dans la nouvelle péréquation qui permet justement au canton de revenir sur certains accords en cas de situation financière difficile. Et il y a beaucoup d’autres manières de transférer des charges aux communes. C’est donc un risque tout à fait plausible. »
J.-F. T. : « Il existe effectivement une clause permettant au Conseil d’État de revenir sur cet accord en cas d’exercice difficile ou déficitaire. Mais il a déjà essayé de reporter des charges sur les communes et on a vu la réaction. Je ne pense pas qu’il ait intérêt à recommencer et à se mettre à dos près de 300 communes. Il faut plutôt chercher des économies dans les différents départements et regarder où il est possible de réduire les charges. »
Une fiscalité élevée fait-elle fuir les contribuables ?
J.-F. T. : « Oui, des personnes et des entrepreneurs ont quitté le canton pour des raisons fiscales. Quand un gros contribuable part, il faut beaucoup de petits revenus pour compenser. Il faut aussi penser à l’attractivité du canton. »
M. T. : « Le canton a déjà entendu ce problème. Les impôts ont été réduits progressivement et une baisse de 7 % est déjà prévue. Mais il faut avancer progressivement, pas enlever brutalement des centaines de millions de recettes. »
Mais est-ce qu’il faut forcément réduire les impôts pour améliorer le pouvoir d’achat ?
M. T. : « Non, pour les familles, les deux grands postes sont le logement et l’assurance maladie. On peut agir là-dessus, ainsi que sur les frais de garde et les transports publics. C’est là que l’on peut réellement soulager les budgets. »
J.-F. T. : « Il faut aussi agir sur les autres coûts. Prenons le logement : il est devenu très compliqué de construire dans le canton. Les procédures sont longues et demandent toujours plus de personnel, les normes sont nombreuses et la pénurie s’aggrave. Tout cela fait grimper les prix. Il faut simplifier les procédures pour permettre de construire davantage. »
En une phrase, pourquoi voter oui le 27 septembre ?
J.-F. T. :« Pour redonner du pouvoir d’achat aux Vaudois et une bouffée d’air à l’économie. Le canton de Vaud reste parmi les plus fiscalisés de Suisse et il faut éviter que des contribuables et des entreprises partent pour des raisons fiscales. Cette baisse doit aussi provoquer un électrochoc et pousser le Canton à chercher des économies là où elles sont possibles, sans diminuer les prestations actuelles. »
Et pourquoi voter non ?
M. T. : « Parce que cette baisse est totalement inéquitable et qu’elle profite surtout aux plus aisés. Elle va aussi toucher principalement les femmes : parmi les salaires les plus bas, il y a deux fois plus de femmes que d’hommes, alors que parmi les personnes les plus aisées, il y en a deux fois moins. Et parce qu’il existe d’autres manières de rendre un Etat efficace et efficient.


