Votations du 27 septembre
Vers une agriculture plus durable ou un « diktat végan » ?
Le 27 septembre, la Suisse votera sur une initiative qui veut encourager la production et la consommation de nourriture d’origine végétale. Ses opposants dénoncent un projet « irréaliste » et « déconnecté de la réalité ».
L’initiative « Pour une alimentation sûre » a pour objectif d’augmenter la part de denrées alimentaires produite en Suisse d’environ 45 % à 70 %. Pour y parvenir, elle demande d’encourager la production et la consommation de denrées alimentaires végétales plutôt qu’animales.
Le texte veut aussi mieux protéger l’environnement, l’eau potable, la fertilité des sols et la biodiversité, et réduire le recours aux produits phytosanitaires et d’engrais. Si l’initiative est acceptée, toutes ces exigences doivent être atteintes dans un délai de dix ans.
Le texte est porté par la militante écologiste Franziska Herren, déjà à l’origine de l’initiative sur l’eau potable, rejetée en juin 2021 par plus de 60 % des votants, et qui exigeait de retirer les subventions aux exploitations agricoles utilisant des pesticides et des antibiotiques à titre prophylactique.
Que disent les initiants ?
Selon les défenseurs de l’initiative « Pour une alimentation sûre », l’agriculture n’est aujourd’hui pas conçue pour nourrir la population avec sa propre production en cas de pénuries ou d’interruptions dans les importations, car 60 % des terres servent à la culture de fourrage pour animaux. Ce qui oblige la Suisse à importer la moitié de ses denrées alimentaires.
En cultivant sur ces surfaces des denrées alimentaires végétales, telles que les légumineuses, les céréales et les légumes, il serait possible de produire plus de dix fois plus de calories pour la population suisse. Le camp du « oui » estime aussi qu’un changement est nécessaire dans l’agriculture actuelle afin d’éviter la pollution des sols, des cours d’eau et de l’air par l’utilisation massive d’engrais et de pesticides.
Que répliquent les opposants ?
Tous les partis jugent le texte trop radical. Le « non » se cristallise autour des objectifs jugés « irréalistes » de l’initiative. Pour les opposants, atteindre un taux d’auto-approvisionnement d’au moins 70 % ne serait, en outre, possible que si l’Etat limitait de manière draconienne la consommation de viande et d’aliments d’origine animale.
L’Alliance contre l’initiative sur l’alimentation, qui réunit de nombreuses organisations issues du monde agricole, de l’industrie alimentaire, de la restauration, du commerce ou encore des régions de montagne, rappelle aussi qu’en matière d’autosuffisance, il faut faire avec la réalité du terrain. En Suisse, les surfaces sont tellement pentues qu’une seule forme d’agriculture est possible : l’élevage. L’alliance, qui dénonce un « diktat végan », s’inquiète aussi de la répercussion qu’une telle initiative aurait sur l’agriculture d’alpage et en montagne et donc sur l’entretien des paysages culturaux. Enfin, le comité du non y voit aussi un risque de renchérissement des denrées alimentaires indigènes, pesant sur les ménages à faible revenu, tandis que le tourisme d’achat sera lui renforcé.
Le Conseil fédéral rejette lui aussi cette initiative qui « vise trop haut et va trop loin ». S’il partage certains objectifs de l’initiative, il rappelle qu’il poursuit déjà l’objectif d’augmenter le taux d’auto-approvisionnement à au moins 50 % d’ici 2050 et de réduire l’empreinte écologique du secteur agroalimentaire. « Cependant, contrairement à l’initiative, sa politique agricole repose sur des adaptations par étapes, qui laissent à ce secteur le temps nécessaire à la mise en œuvre ».
Check à la rencontre des passants

Wesley Aza | Check du Courrier Lavaux-Oron-Jorat s’est intéressé à ce sujet et les avis divergent. Nous sommes allés à la rencontre de passants, jeunes et moins jeunes, afin de connaître leurs préoccupations face à cette initiative.
Pour certains, la priorité est claire : consommer local pour soutenir l’économie de notre pays. « C’est important de pouvoir subvenir aux besoins du pays et de soutenir les paysans locaux, qui sont souvent nos voisins », témoigne une personne interrogée.
Mais derrière cette volonté de privilégier les produits suisses, certains rappellent qu’il faut également penser aux consommateurs. « Soutenir l’agriculture suisse, oui, mais il faut aussi pouvoir se permettre d’acheter ces produits », résume un autre passant.
La question du prix devient donc un véritable équilibre à trouver : aider la production locale sans rendre l’alimentation trop chère.


