Vaches, CO2 et méthane (CH4)

Jean-Claude Noverraz, Maracon | Dans la « tribune libre autour de la pollution » du 4 juin, Daniel Grand, Jacques Delafontaine et Isabelle Goumaz, nous apprennent qu’en Suisse les 4’500’000 automobiles rejettent 110 fois plus de gaz CO2 que les 555’500 vaches. Cela suggère que, face au réchauffement climatique, on peut avoir des raisons de moins rouler en voiture, mais pas de limiter sa consommation de lait ou de viande. Et c’est peut-être parce que la production de CO2 par les vaches n’est effectivement pas un problème que l’on en parle si peu.

En passant, on peut dire bravo à ces éleveurs qui font paître leur bétail dans des prairies plutôt que de leur donner du fourrage concentré (souvent de provenance étrangère). Cela contribue à diminuer les émissions de CO2, mais aussi celles d’ammoniac (NH3) qui sont, elles, un vrai souci. Si la production de CO2 par les ruminants n’est pas un problème, ce n’est, par contre pas le cas de la production de méthane (CH4). Selon certaines sources, une vache en produit entre 140 et 180 kg par année. C’est comparable aux 125 kg de CO2 dont nous parlent les auteurs de cette tribune, mais le méthane est un gaz dont l’effet de serre est 20 à 25 fois plus puissant que le CO2. A raison donc, les climatologues se préoccupent de ce phénomène. Selon l’Agroscope (institution fédérale de recherche agricole), en Suisse, 83% des émissions de méthane proviennent de l’agriculture, les trois-quarts étant produites par les ruminants. Si les filières qui promeuvent la consommation de produits laitiers et de viande ne parlent pas de ce problème ou le minimisent, ce n’est pas le cas de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) qui le prend très au sérieux. Pour atteindre les objectifs de la « stratégie climatique 2050 » de la Confédération des mesures doivent être prises y compris dans l’agriculture et l’aménagement du territoire. La diminution de la production de méthane par le bétail fait partie de ces mesures. A ces problématiques de l’ammoniac et du méthane, il faut ajouter celle, plus globale, qui concerne le rendement alimentaire des sols. « Les surfaces servant à produire du fourrage pour nos vaches laitières permettraient de nourrir deux millions de personnes », estime Hans Ulrich Gujer, spécialiste de l’agriculture à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Et il n’est pas le seul à avoir ce genre de réflexion. Nombreux sont ceux qui pensent qu’à l’avenir la part de l’élevage dans l’agriculture devra diminuer avec une consommation moindre de viande et de produits laitiers (ce qui, par ailleurs, irait dans le sens des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé relatives aux comportements alimentaires). Une perspective à… ruminer !