Traditions – « Vivre en patois »

Première du film de Plans-Fixes consacré à Marie-Louise Goumaz

Marie-Louise Goumaz et le journaliste Jaques Poget devant le public nombreux

Marlyse Lavanchy | C’est au Casino de Montbenon, à la salle Paderewsky que la Cinémathèque suisse et l’association Films Plans-Fixes ont projeté un film sur la vie et l’œuvre de Marie-Louise Goumaz, le 355e en l’occurrence depuis la fondation de Plans-Fixes en 1977. Plans-Fixes s’est en effet donné pour vocation de « conserver une mémoire vivante de personnalités suisses dans une collection de portraits filmés ». Intitulé « Vivre en patois ». L’entretien filmé a été réalisé au domicile de Marie-Louise Goumaz, à Chexbres, avec le journaliste Jacques Poget. Marie-Louise Goumaz est née le 15 février 1925 à Payerne, cité broyarde où elle accomplit sa scolarité primaire et secondaire avant de poursuivre ses études à l’Ecole de commerce de Berne, d’où elle revint pour se mettre au service administratif de l’entreprise paternelle dont l’occupation était la fabrication et la réparation de machines agricoles. Puis, elle se maria et se déplaça à Lausanne pour y fonder une famille. De là, à l’aube de la quarantaine, elle vint s’établir à La Vulpillière, endroit secret et mystérieux niché sur une colline boisée non loin du lac de Bret sur la commune de Puidoux.

Le patois, déclencheur d’une vocation

C’est à Palézieux très précisément que jaillit l’étincelle qui fit de Marie-Louise Goumaz l’auteur prolifique que nous connaissons. Jeanne Décosterd tenait dans ce village un magasin où Marie-Louise Goumaz venait se ravitailler. Or, Jeanne Décosterd y conversait en patois avec son père, Louis Décosterd. Témoin de ces entretiens dans ce langage qu’elle ne connaissait que de ses souvenirs payernois où ses grands-parents riaient à gorge déployée à la lecture du conteur vaudois, Marie-Louise Goumaz eut la conviction que cette circonstance n’était pas anodine mais qu’elle était bel et bien une rencontre. La rencontre qui allait marquer dès lors toute sa vie. De cette étincelle naquit une flamme qui la conduisit à « L’Amicale des patoisants de Savigny-Forel et environs » dont faisait partie Frédéric Duboux qui avait présenté, à la Fête de Mézières en 1977, un essai de 8350 mots, lequel allait composer le « dictionnaire du patois vaudois » sorti de presse en 1981. Marie-Louise Goumaz rejoignit l’AVAP (Association vaudoise des amis du patois) dont elle fut caissière 10 ans, avant d’en devenir la présidente durant 16 ans. Tout au long de ses activités, Marie-Louise Goumaz se passionna pour le patois dans tous les sens du terme. En plus d’être cheville ouvrière de comités, de donner des cours, elle participa à de nombreux concours, dont le Kissling, bien sûr, et ceux organisés lors des fêtes interrégionales de patois. Pas moins de vingt « Premier Prix » vinrent couronner ses travaux de prose pour l’essentiel mais aussi de poésie et de théâtre. Son inspiration? – sa famille, son enfance payernoise. Son amour de la vie, de la nature, du mot juste, de la simplicité, de l’authenticité la pousse à puiser dans ses racines une manière de penser et de vivre. «Vivre en patois» ce ne pourrait être qu’une formule, mais une formule qui claque comme le symbole de la rayonnante personnalité de Marie-Louise Goumaz. Elle puise dans le «Vivre en patois» ce qui lui a permis de vivre et de résister dans les épreuves. «Un cocon» dont elle a senti et perçu l’intimité, «la veretâ veretâblya» dans les propos échangés par Louis et sa fille Jeanne Décosterd. A ce propos, n’y aurait-il pas là dans l’expression  «vivre en patois», une piste pour inspirer ceux qui ne trouvent pas la direction, ailleurs que dans les cabinets de « psy » ?

Marie-Louise Goumaz avec Jaques Poget et Alexandre Mejensky président de « Plans-Fixes »

Discussion avec le public

Introduit par Michel Freymond, doyen du Groupement du dictionnaire du patois vaudois, le film fut clos par les données techniques et informatiques de Pierre-Alain Poletti car, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le patoisant d’aujourd’hui n’écrit pas à la plume d’oie mais dispose d’un site informatique sur lequel figurent tous les renseignements utiles : www.patoisvaudois.ch. Une intéressante discussion eut lieu après le film permettant à Michel Hostettler, compositeur, d’évoquer sa participation musicale en 1993 à la Fête des patois de Payerne, où le poème « Vilyo Dèvesâ » (vieux parler) de Marie-Louise Goumaz, dont il composa la mélodie, fut interprété par la « Chanson des Hameaux », dirigée par Jeanine Pradervand, à l’Abbatiale de Payerne dans le cadre du culte œcuménique de la Fête. Ovationnés pour avoir enregistré l’entier du dictionnaire Duboux, Pierre-André Devaud et Jean-François Gottraux ont reçu du public la preuve que leur investissement a été apprécié par ceux qui ont à cœur de faire perdurer ce patrimoine qui, qu’on le veuille ou non, fait partie de notre Histoire vaudoise. Merci à Plans-Fixes et à son président Alexandre Mejensky d’avoir compris que le numéro 355, « Vivre en patois » avait sa place dans la liste grâce à la rayonnante et attachante personnalité de Marie-Louise Goumaz, Grande Dame du patois vaudois. Et, souvenons-nous enfin d’Alexandre Vinet qui affirmait qu’« une langue n’est pas seulement un vocabulaire et une grammaire mais une manière de penser et de vivre.