« Tichéri a les cheveux crépus »

Texte : Licia Chery, Illustrations : Queen Mama / Editions Amalthée

Monique Misiego  |  Les manifestations anti-racistes se multiplient ces derniers temps. Des voix s’élèvent unanimement pour dénoncer les agissements de certains policiers, notamment aux Etats-Unis. En Suisse, des bavures existent aussi, de façon plus dispersée.

Tous, nous nous entendons dire « moi je ne suis pas raciste, la preuve, j’ai des amis noirs ». Le racisme, ce n’est pas seulement les violences ou les agressions verbales, c’est des comportements anodins que vous et moi avons eu un jour, sans nous en rendre compte.

C’est lors d’un déplacement en voiture que je tombe par hasard sur une émission de radio où on donne la parole à Licia Chery. J’avais déjà entendu parler de cette auteure sans m’attarder, car il s’agissait d’un livre pour enfants. Et là, quand je l’écoute, je prends soudainement conscience que malgré moi, j’ai des comportements qui n’étaient pas racistes à la base mais qui ont été perçus comme tels.

J’adore par exemple les enfants noirs et je ne peux m’empêcher, pour autant qu’il y ait une approche qui le permette, de leur toucher les cheveux et leur caresser la joue. Parce que je trouve que leur peau à un aspect talqué très doux. Il m’est arrivé aussi de demander à une personne noire d’où elle vient. Si elle me répondait d’Oron, je ne pouvais m’empêcher de lui demander ses origines. Je pensais m’intéresser à elle alors que je ne faisais que lui signifier sa différence. C’est en entendant Licia Chery parler de son livre que j’ai pris conscience que toutes ces attitudes bienveillantes peuvent être perçues comme des gestes de rejet ou de supériorité quelquefois.

Dans ce livre, elle raconte l’histoire d’une petite fille de 7 ans dont tous les enfants de l’école viennent toucher les cheveux parce qu’ils sont « rigolos ». Elle essuie des remarques du genre « on dirait de la paille ». Cela la rend un peu triste mais elle n’a pas le courage de les repousser. Elle ne sait peut-être pas qu’elle en a le droit. Elle demande même à sa mère pourquoi ses cheveux ne ressemblent pas à des vrais cheveux !

Sa mère lui explique que les autres n’ont pas voulu être méchants, que ses cheveux sont des vrais cheveux comme les cheveux bouclés, lisses ou ondulés. Elle lui dit aussi que personne n’a le droit de toucher ses cheveux sans son accord. Que ces gestes peuvent être considérés comme une microagression, que c’est une petite attaque mais que si elles arrivent trop souvent, cela devient insupportable.

Dans ses textes, Licia Tichéry souligne ses petites agressions et ses préjugés encore bien présents. Née en Haiti, elle s’est entendu dire maintes fois « tu es jolie pour une noire ». « Jolie » est un compliment, mais « pour une noire » laisse entendre que les personnes noires ne sont en principe pas jolies.

Demander à quelqu’un ses origines, ce n’est pas mal en soi, mais s’il te répond qu’il vient de Genève, c’est que cette réponse lui convient. Si la personne avait voulu stipuler de quel pays africain elle est originaire, elle l’aurait fait.

Que dire « vous les noirs », alors qu’il y a tant de pays différents en Afrique mais aussi outre-mer, c’est un peu réducteur. Est-ce que vous diriez à un Suisse qu’il est pareil à un Italien ou un Espagnol ?

Et dire que les noirs ont le rythme dans la peau, courent vite, sont très habiles, dansent mieux, peuvent paraître des compliments mais sont une façon de minimiser le talent ou les performances puisque c’est dans les gênes.

C’est un livre qui fait du bien, à offrir aux enfants pour les aider à aborder les différences de couleur de peau, de mentalité, de façon de vivre avec un autre œil.

Et par les temps qui courent, il vaut mieux commencer à la base.