Sécheresse 2/2 – Quand même les serres ont trop chaud
Toitures peintes en blanc, irrigation repensée, réserve d’eau, les exploitations maraîchères s’adaptent à des étés toujours plus exigeants. Reportage.


Il y a cinquante ans, on construisait des serres pour emmagasiner la chaleur et faciliter la pousse. Aujourd’hui, on recouvre ces mêmes serres de peinture blanche pour les refroidir. Aux Jardins d’Oron, une couche claire recouvre à présent une grande partie des quelque deux hectares de serres. « C’est pour créer de l’ombrage », explique Stefan Egli. Sans cette protection, lorsque le thermomètre grimpe à 35 degrés dehors, les cultures brûleraient : « on pourrait atteindre 40 à 50 degrés sous les bâches. »
A Riedbach, près de Berne, où se trouve l’autre site d’Egli’s, les installations ont également été adaptées. Car pour le producteur d’herbes aromatiques, le problème n’est pas tant le manque d’eau, mais surtout la gestion de la chaleur. « Tant qu’il y a suffisamment d’eau, on peut encore faire quelque chose. Par contre, les températures, c’est autre chose ». Cet été, avec des pointes à 35 ou 36 degrés, certaines cultures ont atteint leurs limites. « C’est trop chaud. Les plantes s’arrêtent de pousser. »
L’eau reste néanmoins au centre des adaptations entreprises depuis la reprise des Jardins d’Oron par Egli’s en 2025. Le goutte-à-goutte a été installé dans l’ensemble des serres. Autrefois diffusée par aspersion, l’eau arrive désormais directement au pied des plantes, réduisant l’évaporation, mais aussi les mauvaises herbes et certaines maladies. Un investissement de 20’000 à 30’000 francs qui doit également simplifier le travail de maraîchage.
Un million de litres en réserve
De l’autre côté de la route, en contrebas, un imposant bassin rappelle que la question de l’eau ne date pas de cet été. Construit il y a une vingtaine d’années par le père de Rémy Estoppey, le réservoir peut contenir 1000 mètres cubes, soit un million de litres. Une réserve précieuse pour alimenter les cultures, mais aussi pour limiter sa dépendance au réseau public. Mais disposer de sa propre réserve ne signifie pas pour autant disposer d’une eau gratuite. Pompes, électricité, entretien ou remplacement de la bâche ont également un coût. Cette dernière vient d’ailleurs d’être changée ce printemps, tout comme le compteur permettant de connaître précisément les volumes prélevés.
Impossible donc, pour l’heure, de dire combien de litres ont été nécessaires pour traverser cet été particulièrement sec, ni si cette installation revient moins cher qu’un approvisionnement sur le réseau. « Après deux ou trois ans, avec les chiffres, on pourra vraiment faire le calcul », détaille Stefan Egli. A Riedbach, le choix est différent : toute l’eau nécessaire aux cultures est achetée à la commune. « On est un bon client en matière d’eau », sourit-il. Une dépendance au réseau public que le bassin permet justement de limiter à Oron.
Reste une question : comment les ressources en eau de la commune ont-elles résisté à cet été ?
Sources qui se tarissent, achats d’eau en bouteille et eau couleur « Spritz » dans certains robinets, la sécheresse a mis le réseau d’eau sous pression. La municipale Stéphanie Jubin et le fontainier, Arnaud Goumaz, répondent aux inquiétudes de certains habitants.
Le Courrier : Dans quel état se trouvent les ressources en eau de la commune après cet été ?
Arnaud Goumaz : Tout d’abord, il faut savoir que la commune n’est autonome qu’à 45 % en matière d’approvisionnement en eau. Nous achetons donc de l’eau à l’extérieur toute l’année. Comme pour beaucoup d’autres communes, nos ressources ont fortement diminué cet été. Il ne reste quasiment qu’une source qui continue de donner et son débit a lui aussi baissé. Le puits d’Ecoteaux, qui fonctionnait auparavant en permanence, s’arrête désormais régulièrement durant plusieurs heures pour que le niveau d’eau remonte afin d’éviter un assèchement de la nappe. Nos fournisseurs connaissent la même situation et complètent donc davantage leurs ressources avec de l’eau provenant du lac de Bret.
Certains habitants décrivent une eau couleur « Spritz ». Cette eau présente-t-elle un risque pour la santé ?
A.G. : Non. L’eau du lac de Bret est moins calcaire que la nôtre. Dans certaines anciennes conduites en fonte ou en acier, elle dissout des dépôts de calcaire et libère de fines particules de rouille, d’où cette coloration jaune ou orangée. L’Office de la consommation a été informé et les analyses n’ont montré aucun risque bactériologique. Le problème est surtout visuel, avec parfois un arrière-goût métallique.
Stéphanie Jubin : Par précaution, nous recommandons néanmoins aux personnes sensibles, notamment celles dont les défenses immunitaires sont affaiblies, de ne pas la consommer lorsqu’elle est colorée. Les analyses effectuées n’ont toutefois pas montré de risque bactériologique.
Des habitants s’interrogent : pourquoi réparer les fuites plutôt que remplacer les anciennes conduites ?
A.G. : Le renouvellement des conduites fait partie des solutions, mais tout est lié. Certains travaux doivent être coordonnés avec d’autres chantiers et nous devons tenir compte des futurs tracés ou projets. Il faut également passer par des études, des procédures administratives, des appels d’offres et souvent le Conseil communal. Sur certains projets, les autorisations peuvent prendre beaucoup de temps, des fois, plusieurs années. Le réseau communal représente environ 75 kilomètres de conduites, une longueur similaire au réseau routier.
Avec la densification et l’arrivée de nouveaux habitants, le réseau approche-t-il de ses limites ?
SJ : La densification demandée ces dernières années a créé de nouveaux logements et donc davantage d’habitants. Mais il est difficile d’anticiper les besoins. Tant qu’un projet immobilier n’est pas suffisamment avancé, nous ne disposons pas toujours des données nécessaires pour dimensionner les infrastructures.
A.G. : Le réseau présente aujourd’hui certaines limitations techniques entre les différents secteurs. Mais nous sommes connectés à de grands distributeurs et avons toujours des moyens d’obtenir de l’eau en quantité. Le futur réservoir des Murailles, d’une capacité de 2,5 millions de litres, permettra de stocker davantage d’eau et de mieux équilibrer le réseau.
Combien de temps les habitants risquent-ils encore de voir de l’eau colorée au robinet ?
A.G. : A court terme, jusqu’à ce que les sources retrouvent suffisamment de débit. Il faudrait des pluies fines et régulières pendant plusieurs mois. A plus long terme, trois éléments permettront de limiter le phénomène : le renouvellement des anciennes conduites, la construction du nouveau réservoir et l’amélioration de notre autosuffisance en eau grâce à de nouvelles ressources. Il est aussi bon de rappeler que nous sommes toujours en restriction d’eau.
Certains habitants ont préféré acheter de l’eau en bouteille. Une participation financière de la commune est-elle envisageable ?
S.J. : Les analyses montrent que l’eau respecte les exigences sanitaires. Dès lors, la Municipalité ne l’a pas prévu. Il serait donc difficile de justifier la prise en charge d’eau en bouteille alors que celle du réseau n’a pas été déclarée impropre à la consommation. Pour moi, l’équité est également importante et il faudrait pouvoir appliquer la même règle à tout le monde.
Qui dit nouvelles infrastructures et investissements, dit aussi adaptation des tarifs. Les habitants devront-ils payer leur eau plus cher ?
Stéphanie Jubin : Oui. Le prix de l’eau va augmenter conformément au règlement communal. Depuis plusieurs années, les recettes ne couvrent plus l’ensemble des charges d’exploitation et d’investissement et le fonds de réserve doit être entamé.
Arnaud Goumaz : Le réseau fonctionne avec un compte fermé : les recettes doivent couvrir son fonctionnement et les investissements. Pour maintenir les installations à niveau, il faudrait normalement en renouveler 2 % chaque année. A cela s’ajoutent les charges courantes, notamment l’électricité des pompes.
Texte et photo Thomas Cramatte


