Edi-tueur
« La nouvelle réalité du marché », c’est par cet argument que Tamedia justifie les énièmes mesures de licenciement de journalistes pour redresser la barre de « sa » presse en déroute.
Cette réalité du marché n’est pas nouvelle. Elle constitue la règle d’or chez ce propriétaire de journaux qui n’aura bientôt plus la possibilité légale de se targuer de son rôle d’éditeur.
La cruauté de cet « édi-tueur » frôle des sommets de sadisme lorsqu’il complète son annonce lundi 5 octobre par « Les employés qui perdront leurs postes seront informés d’ici à fin octobre. » La presse romande déjà sclérosée et minimisée par Leurs Excellences de Zurich ne peut que se résoudre à se mettre en rang face au peloton d’exécution… sans savoir à qui la balle sera destinée. Octobre sera rouge.
La ligne est clairement franchie. Le Business Model a vécu, le citron est pressé. TX Group, le groupe de Pietro Supino auquel Tamedia appartient, s’oriente de plus en plus vers le catalogue Védia. Or, la presse a toujours été un équilibre, ce que ce magnat semble oublier dans son ivresse financière.
Un journal est une pondération entre vivre et faire vivre, entre l’information et la publicité. L’une à un coût, l’autre rapporte de quoi faire vivre cette recherche de faits vérifiés. Les séparer comme le fait Tamédia depuis belle lurette est un non-sens.
Mais.
Une opportunité en or se profile pour les titres de presse rescapés d’occuper ce vide, cet abandon de l’information pour ce qu’elle est : un besoin viscéral de lecture claire, séparant le bon grain de l’ivraie, un pendant responsable face à la rumeur quel que soit son réseau, social ou non. Un besoin vital de journalistes compétents.
C’est une chance remarquable pour la presse indépendante de récupérer les lauriers délaissés par ces grands titres qui jadis faisaient la fierté du pays, du canton, de la région ou du village.


