Pully – Passerelle de Rochettaz :l’ouvrage ne fait pas le pont entre les élus
Un crédit d’étude de 400’000 francs pour une passerelle reliant à plat Pully et Lutry accrochée au viaduc CFF de Rochettaz a été refusé, puis accepté de justesse. Un deuxième débat doit encore trancher son sort à la rentrée.


Relier Pully à Lutry sans passer par la route cantonale, c’est la promesse de cette passerelle de mobilité douce que Belmont-sur-Lausanne, Lutry, Paudex et Pully projettent d’accrocher au viaduc CFF de Rochettaz. Piétons et cyclistes y circuleraient côte à côte. Inscrit au Plan d’agglomération Lausanne-Morges (PALM), le projet doit être mené avec la rénovation du viaduc par les CFF, prévue dès 2027-2028, une fenêtre de tir que les porteurs du dossier ne veulent pas manquer.
Sur le papier, l’addition est modeste. Mais la passerelle, censée relier deux rives, a surtout creusé un fossé au Conseil communal de Pully. Un premier préavis de 500’000 francs y a été refusé en avril, avant qu’une nouvelle mouture, réduite à 400’000 francs ne soit acceptée de justesse le 24 juin. Un deuxième débat, redemandé sur ce même préavis, doit se tenir à la rentrée, alors que les trois autres communes ont déjà accepté leur crédit d’étude.

Qui paie, qui traverse ?
Premier point de friction, la clé de répartition, calculée au prorata des habitants, fait porter à Pully 54,7 % du budget des études, contre 30,2 % pour Lutry, 10,9 % pour Belmont et 4,3 % pour Paudex. Sur un budget total de 914’000 francs, c’est 500’000 pour Pully, 276’000 pour Lutry, 100’000 pour Belmont et 39’000 pour Paudex. Pour Jean-Claude Mouly (Union Pulliérane), l’argument selon lequel l’ouvrage profiterait surtout aux pendulaires lutriens ne résiste pas à l’épreuve du temps. « C’est un argument légèrement fallacieux qui est hyper temporel et qui ne tient pas sur la durée », tranche-t-il, misant sur la densification attendue à La Conversion, avec près de 2000 habitants, et un développement symétrique côté Pully. « On parle d’un projet sur des dizaines d’années, pas sur plusieurs mois », détaille le partisan du projet, avant de conclure en imaginant ses petits-enfants lui demander comment on traversait avant, et répondre qu’il avait fallu se battre pour ça.
Toujours dans les rangs de l’Union Pulliérane, Stephan Margelisch reconnaît que cette clé « heurte beaucoup » à Pully, mais en fait un point secondaire. Pour lui, le vrai problème est ailleurs : « La passerelle débouche côté Pully sur un cul-de-sac, loin des commerces et de l’habitat dense », dans un quartier purement résidentiel. Opposé au projet, il doute aussi de la nouvelle centralité annoncée par Lutry dans les Hauts de La Conversion, « Je ne pense pas que ça changera beaucoup avec les années, cela restera principalement du résidentiel ». La question n’est pas seulement de savoir qui paie combien, mais si l’intérêt général justifie une clé en fonction du nombre d’habitants, « alors que ça n’intéresse qu’une petite partie de la population de Pully. »
Une addition qui reste à prouver
La bataille se joue aussi sur les chiffres. L’ouvrage complet est estimé entre 8 et 13 millions, avec un espoir de subvention étatiques de 60 à 75 %. « Pour moi, ce n’est pas hypothétique, ce soutien financier est déjà là », tranche Jean-Claude Mouly avant de détailler que rapportée à l’habitant, la part pulliérane reviendrait au prix d’un café.
Stephan Margelisch n’y croit pas. Il conteste la base légale du taux avancé, 25 % adossés à la stratégie cantonale du vélo, jugée floue, un doute que partage la commission des finances, qui a refusé le projet à deux reprises. Il conteste aussi le montant : « Ce projet inscrit au PALM est chiffré à 13 millions hors taxe, soit environ 14 millions avec la TVA, avec une marge de plus ou moins 30 % », donc entre 10 et 16 millions, soit au-dessus des 8 à 13 millions du préavis. « Ces arguments-là n’ont pas véritablement été clarifiés du côté de la Municipalité lors de la deuxième mouture du préavis. »
Un rabais qui questionne
La Municipalité est revenue avec le même préavis, réduit de 100’000 francs. « Il fallait bien changer quelque chose », concède Jean-Claude Mouly, qui admet que la manœuvre a pu « gonfler » certains conseillers, mais la juge nécessaire. Stephan Margelisch, lui, n’y voit ni un geste ni un hasard. « On constate qu’il suffit de dire non à un préavis pour obtenir un rabais », ironise-t-il, regrettant que la baisse n’ait pas servi à clarifier la base légale, sans accord formel des autres communes.
Le tracé, au nord du viaduc (côté montagne), fâche aussi. Une variante au sud aurait été écartée après l’opposition de deux propriétaires côté Lutry. « On a oublié les propriétaires des six parcelles qui sont touchés par le tracé retenu », affirme l’opposant, rappelant qu’une parcelle fera l’objet d’une expropriation. Jean-Claude Mouly relativise, chiffrant cette emprise à environ 12 m2, « la surface d’une salle de bain. »
Et la suite ?
Le dossier revient au Conseil dès la rentrée, lors la séance du 26 août. Les trois autres communes ont déjà tranché : « Un nouveau refus isolerait Pully », redoute Jean-Claude Mouly. Le discours est tout autre pour son collègue de parti : « On est quatre communes différentes, chacune assume ses choix », rappelle Stephan Margerisch, réfutant l’idée qu’un vote négatif constituerait un manquement envers ses voisines.
Un crédit d’étude à 400’000 francs, pensé pour relier deux rives, qui aura surtout divisé les élus pulliérans. La rentrée dira si la passerelle finit, elle aussi , par faire le pont .



