La petite histoire des mots
Yo-yo

Depuis le début de la guerre à rebondissements aux Proche-Orient entre les Etats-Unis et l’Iran, et les menaces sur la libre navigation dans le détroit d’Ormuz, le prix du baril de pétrole et celui de l’essence à la pompe ne cessent de « faire du yo-yo ». Cette expression qui signifie monter et descendre sans répit est apparue dans notre langue dans les années 1930, inspirée du jouet qu’on lance pour qu’il descende le long d’une ficelle avant de remonter aussitôt.
Le yo-yo ne date pas d’hier, ses premières traces documentées remontent à la Grèce antique, vers 500 avant J.-C. Des archéologues l’ont observé sur des vases montrant des enfants jouant avec des disques en terre cuite ou en bois. Des origines encore plus anciennes sont parfois évoquées, en Chine ou aux Philippines où il aurait peut-être aussi servi d’arme de chasse.
A la fin du XVIIIe siècle, le yo-yo est présent dans toute l’Europe. En France, on le désigne sous le nom de « bandalore », un terme issu de l’anglais dont l’origine est obscure, ou de « joujou de Normandie ». Après la Révolution, après 1791, il prit encore le nom d’ « émigrette » par allusion ironique aux aristocrates qui émigraient, certains traversant sans cesse les frontières dans les deux sens.
Le nom actuel de ce petit jouet est issu d’une langue des Philippines, le tagalog ou l’ilocano. Il signifie « revenir » ou « va-et-vient ». A la fin des années 1920, un immigrant philippin nommé Pedro Flores commença à fabriquer et à vendre ce jouet en Californie sous l’appellation « Filipino yoyo ». Dix ans plus tard, l’entrepreneur américain Donald Duncan acheta l’entreprise de Flores et déposa officiellement la marque « yo-yo », avant de commercialiser ce joujou à grande échelle dans le monde entier.
Le mot yo-yo est très vite entré dans les dictionnaires français. L’Académie française le définit en ces termes : « Petit jouet généralement formé de deux pièces plates et circulaires, reliées en leur centre par un axe et qu’on fait descendre et remonter au moyen d’une ficelle qui s’enroule autour de cet axe. Des yoyos en bois. Loc. fig. et fam. Faire le yoyo, se dit d’un prix, d’une valeur qui connaît des baisses et des hausses successives. »
C’est également dans les années 1930 qu’est apparu le verbe « yoyoter ». Il a d’abord signifié « jouer au yoyo », avant de prendre le sens figuré de « perdre la tête » ou « divaguer », le va-et-vient incessant et mécanique du yoyo étant comparable aux idées qui montent et descendent dans une cervelle dérangée. Dans le langage familier, « yoyoter de la cafetière » signifie délirer ; « yoyoter de la touffe » veut dire être cinglé et « yoyoter complètement » est souvent utilisé pour décrire quelqu’un qui est mentalement perturbé.



