Pully – La passerelle chute pour deux voix
Conseil communal du 30 septembre
Nouveau rebondissement pour la passerelle de mobilité douce accrochée au viaduc CFF de La Rochettaz. Accepté de justesse avant qu’un deuxième débat ne soit demandé, le crédit d’études de 400’000 francs a finalement été refusé par les élus pulliérans.
Il aura fallu remettre l’ouvrage sur le métier. Et cette fois, le résultat n’est plus le même. Mercredi 30 septembre, le Conseil communal a refusé par 44 voix contre 42 et 2 abstentions les 400’000 francs destiné à étudier comment réaliser la passerelle en question. Le même préavis avait pourtant été accepté de justesse le 24 juin, avant qu’un deuxième débat ne soit demandé dans la foulée. Entre-temps, une nouvelle législature s’est installée et le calendrier des CFF s’est allongé. « Lors des précédentes discussions, l’urgence constituait un élément déterminant. Il nous avait été expliqué que le calendrier ne permettait pas raisonnablement de reprendre le projet », a rappelé Philippe Slama (PLR). « Or, les travaux prévus sur le viaduc ont depuis été repoussés. »
Le PLR souhaite ainsi profiter de ce délai pour réexaminer le tracé, les emprises sur les parcelles privées, mais aussi la répartition des coûts entre Pully, Lutry, Belmont-sur-Lausanne et Paudex. Calculée selon le nombre d’habitants, la désormais fameuse clé de répartition faisait porter à Pully près de 55 % du coût des études. « Nous restons favorables au principe de construire une passerelle, mais nous ne souhaitons pas nous enfermer aujourd’hui dans un projet qui pourrait être amélioré », a poursuivi Philippe Slama.
« Pully n’est pas riche »
Les 400’000 francs demandés ont aussi pesé dans la balance. Plusieurs élus ont relativisé ce montant au regard des subventions attendues, Stephan Margelisch (Union Pulliérane) a tenu à rappeler le contexte des finances communales : « La commune de Pully n’est pas une commune riche », a-t-il insisté, distinguant la puissance fiscale de ses habitants de l’état des finances communales. Le conseiller a notamment rappelé le poids de la péréquation dans le budget de Pully. « Nous aurons des arbitrages à faire durant toute cette législature ». Quant au fait que Lutry, Belmont-sur-Lausanne et Paudex aient déjà accepté le projet, l’argument ne convainc pas l’élu : « Chacun a ses choix. Je ne vois pas pourquoi nous devrions suivre nos voisins comme des moutons. »
Pour renégocier la clé de répartition entre les quatre communes, Stephan Margelisch préconise donc de refuser le crédit et de remettre le dossier sur la table plus tard : « Si on dit oui, on va rester avec la répartition actuelle ». La Commission des affaires régionales et intercommunales (CARI) avait pourtant accepté le crédit d’études par 6 oui, 3 non et une abstention, tout en demandant à l’unanimité à la Municipalité de renégocier la répartition des coûts lors du futur crédit d’ouvrage.
Les Vert.e.s ont également défendu le crédit d’étude de 400’000 francs, rappelant l’intérêt d’une liaison cyclable et piétonne à flanc de coteau entre Pully, Belmont-sur-Lausanne et Lutry. « Avec tous ces débats et ces tractations au sein de notre Conseil, passons à autre chose », a plaidé un élu du groupe, tout en demandant une meilleure répartition des coûts pour la suite, « Puisque c’est justement l’objectif d’une étude ». Même soutien du côté socialiste, qui a insisté sur l’inscription du projet dans le Plan d’agglomération Lausanne-Morges (PALM) et sur le feu vert déjà donné par les trois communes partenaires.
Les voisins dans la balance
Jean-Claude Mouly (Union Pulliérane) a lui défendu le projet en regardant au-delà de la seule passerelle. « La qualité des relations intercommunales n’est pas anecdotique ». Lutry, Belmont-sur-Lausanne et Paudex ayant déjà accepté leur participation, un refus laisserait Pully seule parmi les quatre communes. Une situation qui interpelle l’élu au moment où d’autres dossiers régionaux se profilent, à commencer par le renouvellement de la station d’épuration, dont les montants se chiffreront à plus de 60 millions. Il a également relativisé les 400’000 francs demandés, destiné à étudier l’ouvrage estimé entre 8 et 13 millions de francs et qui devra de toute manière revenir devant les Conseils communaux avant sa réalisation avec un crédit de construction. Pour l’élu, refuser maintenant envoie un mauvais signal aux communes voisines, « Surtout qu’une large part du futur ouvrage sera prise en charge par des financements étatiques. »
Restait donc la question des subventions. Sébastien Fague, municipal en charge des Travaux et des services industriels, a indiqué que la participation fédérale atteignait 40 % dans le cadre du PALM 2025, à laquelle peuvent encore s’ajouter des aides cantonales. Au total, 60 à 75 % de l’ouvrage pourraient ainsi être subventionnés, soit jusqu’à près de 10 millions de francs. Mais ces aides ne sont pas acquises pour toujours. « En cas de report dans une prochaine génération du PALM, il n’est pas du tout garanti que les participations étatiques restent les mêmes », a rappelé le municipal.
Avec 44 non, 42 oui et deux abstentions, les opposants ont finalement pris le dessus. Mais le projet de passerelle n’est pas forcément enterré pour autant. Car le délai supplémentaire laissé par les CFF laisse aussi du temps à la Municipalité pour peut-être revoir le projet et éventuellement revenir devant le Conseil avec une autre copie. Une variante côté lac, évoquée à de nombreuses reprises au fil des débats, pourrait notamment revenir sur la table .


