Petite Reine

Georges Pop  |  Alors que le tour de France attire toujours autant de supporters surchauffés le long de sa grande boucle, et que les cyclistes amateurs, comme chaque été, pullulent sur les routes de campagne, on peut se demander comment on en est arrivé à accorder un sobriquet aussi majestueux que petite reine à un engin à priori aussi roturier qu’un vélo. Selon une explication contestée mais qui a le mérite de la vraisemblance, lorsqu’elle accéda au trône des Pays-Bas, en 1890, Wilhelmine avait à peine dix ans. Mais derrière les jupons et les rubans dont l’affublait la régente Emma, son accaparante mère-poule, la fillette dissimulait un caractère bien trempé et cultivait bizarrement, pour une gamine de l’époque, un goût affirmé pour la pratique du vélo. Elle en détenait plusieurs qu’elle montait avec ravissement chaque fois que les commandements du protocole et les devoirs de son rang lui laissaient un peu de temps libre. Le petite adorait pédaler! Une passion qu’elle finit d’ailleurs par inoculer à ses sujets et à toute leur descendance. C’est sa faute si, par exemple, à Amsterdam, on recense aujourd’hui près d’une bicyclette par habitant, nourrissons et culs-de-jatte inclus. C’est après un bref séjour à Paris où la jeune souveraine laissa libre cours à son extravagant penchant pour le pédalier devant une cour de journalistes ébahis que la langue française aurait adopté l’insolite expression petite reine pour désigner le vélo. Quant à Wilhelmine, elle fut une grande reine. Lorsque son pays fut occupé par les hordes nazies, exilée à Londres, elle se distingua par un esprit de résistance farouche. A tel point que Winston Churchill dit d’elle:   c’est le seul homme parmi tous ces chefs d’Etat en exil!