Opinion – Votation du 14 juin
Vivre dignement de son travail, lutter contre la sous-enchère: 2 x oui au salaire minimum

Jean Christophe Schwaab, municipal, ancien conseiller national et député, Bourg-en-Lavaux | Il n’est hélas pas rare, dans la riche Suisse, que travailler à plein temps ne permette pas de subvenir aux besoins de sa famille. En plus de porter atteinte à la dignité des personnes concernées, les bas salaires coûtent cher à la collectivité. Très cher, même. Car les personnes dont le salaire ne permet pas de boucler les fins de mois doivent faire appel aux subsides de l’Etat : pour les primes d’assurance-maladie, pour le logement, pour la formation, aide sociale, prestations complémentaires pour familles, etc. Et, en raison de leur bas salaire, elles auront de faibles revenus à la retraite. Là encore, la collectivité devra les aider avec les Prestations complémentaires AVS/AI.
En fixant un salaire minimal de Fr. 23.-/heure, les deux initiatives « Pour le droit à vivre dignement de son travail – Pour un salaire minimum cantonal » corrigeront ces injustices. Flexibles et pragmatiques, elles prévoient une dérogation pour l’agriculture, la viticulture et l’horticulture. Elles ne s’appliqueront pas pour les rapports de travail particuliers comme l’apprentissage ou les stages d’insertion professionnelle, ni aux petits jobs pour les jeunes de moins de 18 ans. Elles ne marchent pas sur les plates-bandes des partenaires sociaux, qui pourront toujours se mettre d’accord sur des salaires plus élevés là où c’est justifié (p. ex. pour le personnel qualifié) … mais surtout négocier toutes les autres conditions de travail (p. ex. horaires, primes, assurances, etc.).
Tous les cantons (Genève, Jura, Neuchâtel, Tessin) et communes qui ont introduit un salaire minimum s’en félicitent. La pauvreté a reculé sans impact négatif sur l’emploi. Même ceux qui s’opposaient au principe du salaire minimum lors des précédentes votations le reconnaissent aujourd’hui.
Un salaire minimum permettra aussi de lutter contre la sous-enchère salariale. Dans les branches où il n’y a pas de convention collective de travail de force obligatoire (un emploi sur deux !), il est malheureusement légal de sous-payer des employés recrutés hors de Suisse. Un double oui interdira ces pratiques et rétablira une concurrence loyale. Cela garantira que dans notre canton, on paie des salaires vaudois.
Un double oui aux initiatives est nécessaire, car, en plus d’une loi détaillée, il convient d’inscrire le principe du salaire minimum dans notre constitution cantonale. En revanche, le contre-projet mal ficelé du Conseil d’Etat doit être rejeté, car il affaiblit à tel point le salaire minimum qu’il ouvre grand la porte aux abus et à la sous-enchère. Il est aussi injuste, car il fait dépendre le droit à un revenu décent de la profession exercée ou de la branche d’activité.
Les deux initiatives créent un salaire minimum bien vaudois : décent, pragmatique et ciblé. Je voterai OUI au deux initiatives et NON au mauvais contre-projet.



