Opinion – Veiller à la sécurité de l’approvisionnement de la population

Fabien Chevalley | J’exploite actuellement un domaine biologique de 20ha sur la commune de Puidoux avec des bovins et des ovins allaitants. Etant parti de l’intensif, passé par l’IP suisse, je me suis dirigé vers la production bio car mon exploitation si prêtait bien. Je suis cependant contre les 2 initiatives pour les arguments suivants. Selon l’art. 104 de la Constitution, l’agriculture suisse doit : « veiller à la sécurité de l’approvisionnement de la population ». Les régions les plus productives comme la plaine de l’Orbe sont d’ancien marais. Etant très riche en humus, les mauvaises herbes prolifèrent plus vite que les cultures. Si nous voulons continuer à assurer l’auto approvisionnement de la Suisse, nous devons garder la possibilité d’exploiter ces terres. De ce fait, nous garder un moyen de lutter contre les vivaces. La Suisse diminue chaque année la liste des produits phytos homologués ce qui fait que nous allons prudemment dans le sens des initiatives tout en gardant une marge de manœuvre. Il faut également prendre en compte qu’une trop grande diminution des produits phytos n’est pas une bonne chose car elle augmente les risques de résistance. C’est le cas du glyphosate qui interpelle beaucoup les gens extérieurs à l’agriculture en voyant des analyses d’urines contenant cette matière active. En effet, certains pays utilisent le traitement de maturation. Cette pratique consiste à faire mûrir les blés instantanément en les traitant au glyphosate. Une partie de ces blés se retrouve dans nos assiettes. Cette pratique est interdite en Suisse, nous n’utilisons le glyphosate qu’en inter-culture afin de nettoyer les parcelles à faible dose (max 9l/10’000m2) afin d’éviter un traitement lors de la culture. Cependant, certaines personnes éloignées de la terre se permettent de déverser 1l par année dans leurs jardins de 20m2 ce qui représente un équivalant de 500l sur une parcelle agricole de 1 ha. Il y a une vingtaine d’années, la politique agricole a également mis en place une obligation d’avoir 7 % de la SAU en SBP, cette surface se monte actuellement à 12 % en moyenne ce qui montre l’intérêt qu’ont les agriculteurs à respecter leur outil de travail. En parallèle, je donne des cours aux apprentis pour leur apprendre les rudiments du traitement afin de former des professionnels compétents. J’exerce également une fonction de contrôleur de pompe à traiter au sein de l’ASETA. Ce travail consiste à expertiser les pulvérisateurs tous les trois ans. Ayant commencé il y a 6 ans, je m’aperçois qu’il y a de moins en moins de pompes à traiter en mauvais état car les agriculteurs sont de plus en plus rigoureux. En effet, ces derniers abandonnent les pulvés défectueux afin de remettre les traitements à des entrepreneurs qui ont du matériel sophistiqué ainsi que de grandes connaissances afin d’être le plus précis possible.