« Moscou aller simple » - Rideau de fer et de théâtre

« Moscou aller simple ! » Fiction, comédie de Micha Lewinsky

Colette Ramsauer  |  On est à la veille de la chute du mur de Berlin, toujours sous la crainte qu’évoque l’énigmatique rideau de fer. « Le monde du théâtre, tous des gens de gauche, des conspirateurs qui lisent Marx et Peter Bichsel ! » selon le chef de la police zurichoise. Le film du réalisateur Micha Lewinsky nous raconte une histoire rocambolesque dans le contexte paranoïaque de ce qui allait être le scandale des fiches. Bien que traité avec humour, le sujet basé sur des documents d’archives rappelle avec sérieux l’affaire qui a ébranlé la Suisse il y a 30 ans.

Mission « Rideau »

Zurich 1989. Viktor Schuler (Philippe Graber) est infiltré contre son gré dans le célèbre Schau-spielhaus pour la mission « Rideau » afin d’espionner les artistes. Le jeune inspecteur peu sûr de lui s’engage non sans inquiétudes comme figurant sous une fausse identité. Il change de look et s’appelle désormais Walo Hubacher.
Riche en rebondissements, le scénario double de nature lorsque Walo tombe amoureux de l’actrice Odile Lehmann (Miriam Stein), qu’il est censé surveiller. Il doute alors sérieusement de sa mission mais s’affirmera au final, un moment fort du film. 
Quant à Odile – qui entonne avec grâce « Gilberte de Courgenay » en français – elle se libère des griffes d’un metteur en scène trop possessif (Michael Maertens), dans un discours véhément et impromptu dans lequel elle suggère le billet Moscou aller/simple aux communistes convaincus !
L’enceinte du Schauspielhaus de Zurich rappelle le roman d’Anne Cuneo « La Tempête des heures » lorsque dans le même lieu, la traque visait les Juifs pendant la dernière guerre. Le chef de la police est interprété par l’acteur Mike Muller, très populaire en Suisse alémanique avec le duo comique Giacobbo/Muller, et que les Romands connaissent dans la série « Le Croque-mort » sur RTS1.

A Soleure

Le film ouvrait cette année les 55es Journées de Soleure. « Le scandale des fiches nous bouleverse aujourd’hui encore », déclarait le ministre de la culture Alain Berset dans son discours inaugural. « Le film constitue un voyage dans le temps, dans une Suisse qui considérait comme une subversion tout ce qui ne soutenait pas clairement le pouvoir » reconnaissait-il. Rappelons que plus de 900.000 personnes furent suivies à leur insu pour leurs convictions politiques dans les années qui précédèrent la chute du Mur de Berlin. On l’avait presqu’oublié au moment où Big Brother réapparaît aujourd’hui sous le visage de Google et que surgissent des exigences de traçabilité dans le contexte d’une pandémie !

Salles combles

Fin janvier à la Reithalle de Soleure, les projections ont fait salle comble, puis dans les salles alémaniques en février. Le temps de la traduction et du confinement écoulé, le voilà en Romandie !

Le réalisateur, fiché lui aussi
Avant de prendre la caméra, Micha Lewinsky, fils d’un scénariste et écrivain et d’une mère illustratrice à Zurich, a empoigné la guitare dans des groupes pop. Il a été rédacteur en chef du magazine jeunesse Toaster. Il a produit des CD pour enfants (les samplers «Ohrewürm») et mis sur pied le Kulturbüro de Zurich pour le compte du Pour-cent culturel Migros. Riche de ses expériences, à 30 ans il se met à l’écriture de scenarii puis à la réalisation: Loto, 2017, Nichts passiert, 2015, Die Standesbeamtin, 2009, der Freund, 2008.
Il dit lui-même avoir été fiché à l’âge de 13 ans pour avoir téléphoné à l’ambassade russe, demandant des informations sur le transsibérien, pour un devoir d’écolier! CR

Walo, un fouineur pas convaincu