Mézières, Théâtre du Jorat – Et tu danses, danses, danses
Béjart Ballet Lausanne, à découvrir les 25 et 27 septembre

© Gregory Batardon

© Gregory Batardon
Invité à se représenter sur les planches de la Grange Sublime, le Béjart Ballet Lausanne navigue entre tradition et modernité, osant parfois s’aventurer là où on ne l’attendait pas. A découvrir les 25 et 27 septembre au Théâtre du Jorat, que l’on soit féru de danse… ou pas.
Au moment de commencer cet article, me revient un vieux souvenir de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud. Le souvenir d’une publicité pour une marque de sodas bien connue présentait la célébration de but iconique du camerounais Roger Milla dans les années 90 : une célébration dansée restée depuis dans les mémoires des fans de ballons ronds.
C’est à cet instant que le lecteur dansophile, adepte d’entrechats et de battements fondus, commence sans doute à se demander s’il ne s’est pas trompé de page ou s’il n’y a pas eu d’erreur à l’impression. Déjà, ce titre qui fleurait bon le kitsch des années 80 ne lui inspirait rien de bon, il se préparait à lire une critique en bonne et due forme d’un art noble, et voilà qu’il se retrouve face à deux des arts que l’on considère comme les plus mineurs : le football et la pub.
Et pourtant, pourtant oui, cet article parle bien de danse. Et plus encore que de danse, il parle du Béjart Ballet Lausanne, peut-être la troupe la plus prestigieuse de Romandie, dont la réputation dépasse largement les frontières de la cité d’Yvette Jaggi. Le même BBL qui se produira par deux fois au Théâtre du Jorat, les 25 et 27 septembre. Mais alors, qu’est-ce que l’auteur de ce papier a en tête pour mettre ainsi en relation le duo Début de soirée, la FIFA et le plus lausannois des Marseillais ?
Eh bien, la danse, rien de moins et rien de plus que la danse. Cette étrange agitation collective des corps qui, mise bout à bout, donne à voir quelque chose de beau. Là où l’imaginaire collectif y associe tout de suite l’élitisme des petits rats d’opéra et la classe du bolchoï, l’essence même de cet art semble bien plus universel. Pas une culture, si reculée qu’elle soit, n’a évolué sans la danse. Et rares sont les musiques qui n’entraînent pas l’envie de modifier sa démarche, de tortiller un membre ou de remuer la tête d’avant en arrière.
Non, la danse n’est pas qu’un art prétentieux, futile et déconnecté des préoccupations humaines. Au contraire, elle est par essence l’art qu’on peut pratiquer sans autre matériel que son propre corps, celui qui s’affranchit de toute tour de Babel et permet une communication toute autre que celle des mots. C’est surtout un art protéiforme, qui s’exprime tout autant dans les trémoussements semi-éthyliques d’un samedi soir en boîte de nuit que dans les mouvements désynchronisés d’un jeune enfant qui hurle le refrain d’une chanson d’Henri Dès ou que dans une chorégraphie de Pina Bausch.
Cette infinité de possibilités, le BBL semble l’avoir saisie et la mettre en pratique en osant s’aventurer sur de nouveaux sentiers. Ainsi, le programme qu’il proposera en cette fin de mois de septembre devra satisfaire, dans un compromis dignement helvétique, tant les conservateurs que les progressistes. Julien Favreau, directeur artistique, propose un programme en trois parties. Si l’une d’entre elles sera à découvrir le moment venu, les deux autres, déjà annoncées, frappent par leurs différences. D’abord le choix patrimonial : c’est avec 7 danses grecques, sur une musique de Mikis Theodorakis, avec une chorégraphie de Béjart lui-même que se lanceront les hostilités. Une pièce qui mêle des pas savamment empruntés à la tradition et des chorégraphies résolument modernes signées du maître en la matière. Changement de genre avec la dernière partie, Real Love, signée d’un des élèves de Béjart, Andonis Foniadakis, qui, loin des emprunts aux mélodies traditionnelles, choisit la musique du groupe Depeche Mode, figure de proue de la new wave pour représenter par le mouvement les méandres de l’âge adolescent.
Une salle, deux ambiances. Et l’ouverture, sans doute, vers tant d’autres. A travers la diversité de ses propositions, le BBL envoie un signe au monde : devant une actualité morose, il existe, par le corps, un moyen de retrouver une forme d’humanité, que l’on en soit spectateur ou acteur, sur un terrain de football comme sur une scène.


