La faune sauvage sort de l’ombregrâce à « 1, 2, 3… Nature ! »




Lutry, Paudex, Belmont et Pully ont rejoint cette année « 1, 2, 3… Nature ! », un programme de sciences participatives qui invite la population à signaler ses observations d’animaux sauvages. Ces données permettent de mieux cerner la présence de la faune en ville et d’identifier les zones où elle est le plus en danger.
Un hérisson qui traverse un jardin, une salamandre tachetée qui s’aventure sur une route, un écureuil roux qui grimpe le long d’un arbre : depuis quelques mois, ces scènes fugaces se transforment en données scientifiques dans le district de Lavaux. Car Lutry, Paudex, Belmont et Pully ont rejoint le programme lausannois de sciences participatives « 1, 2, 3… Nature ! » qui s’appuie sur les ressources du projet citoyen « Nos Voisins Sauvages » (voir encadré).
Cette première participation ne doit rien au hasard, mais découle d’une étude (lien : www.est-lausannois.ch/wp-content/uploads/2026/07/2026-SDEL-nature-en-ville-rapport.pdf) pilotée par le schéma directeur de l’Est lausannois (SDEL), qui réunit les quatre communes. Cette dernière articule une stratégie autour de trois thématiques étroitement liées : la réduction des îlots de chaleur, le renforcement de la bio-
diversité et la promotion de la ville-éponge pour lutter contre les aléas de ruissellement.
« Une fois l’étude de planification finalisée, nous avons voulu la valoriser sur le terrain avec une action concrète, capable de parler à toutes les générations », explique le bureau du SDEL, qui s’est entouré de divers partenaires, notamment Pro Natura. « 1, 2, 3… Nature ! », qui propose un recensement collaboratif de
la faune, cochait toutes les cases. « C’est un moyen pédagogique de sensibiliser la population à la nature en ville », se réjouit-il.
Le SDEL s’est engagé financièrement dans le projet jusqu’en 2028. Lutry, Paudex, Belmont et Pully rejoignent ainsi les communes de la région Lausanne-Morges, de Nyon, de Neuchâtel et les Préalpes vaudoises (Alpes Vivantes) qui collaborent depuis plusieurs années avec le projet « Nos voisins sauvages ».
Une trentaine de signalements
Le périmètre en Lavaux a officiellement ouvert cette année, mais le compteur, lui, tournait depuis un certain temps : quelques notes antérieures apparaissaient déjà dans la zone, très probablement l’œuvre de promeneurs lausannois habitués du projet, glisse Christèle Borgeaud, responsable du projet « Nos voisins sauvages » en Suisse romande. Une trentaine d’observation ont été notées depuis janvier dans le secteur sur un total de 652 toutes communes romandes confondues.
Orvets, hérissons, grenouilles rousses et écureuils roux, les stars des recensements urbains, se taillent la part du lion, mais d’autres signalements retiennent aussi l’attention comme celui d’un loir – espèce plutôt rare dans la région – plusieurs papillons, un héron cendré du côté du Léman, des lézards des murailles et même un escargot des bois. Chaque observation compte, même la plus banale. Un escargot ou une grenouille rousse en disent autant, sur le plan scientifique, qu’un animal plus rare. Même si l’individu est retrouvé mort.
Ce recensement permet à l’association d’évaluer la présence ou non de certaines espèces selon les quartiers, d’alimenter des bases de données transmises au niveau fédéral à InfoFauna, de repérer les éventuels corridors utilisés par la faune et de fournir des informations importantes aux communes. « Dans un des secteurs, on nous a signalé quatre vipères aspics et une salamandre tachetée mortes. Cela semble indiquer une zone de passage problématique, qui, si elle se confirme, sera signalée à la commune concernée », précise Christèle Borgeaud. Celle-ci ajoute que ces informations peuvent à terme nourrir des études scientifiques plus poussées sur la biodiversité urbaine.
Une nouvelle application pour booster la participation
« 1, 2, 3… Nature ! » est un projet citoyen lancé par la ville de Lausanne en 2021 qui utilise la plateforme « Nos Voisins sauvages », développée, il y a treize ans par l’association VilleNature à Zurich. Celle-ci permet à n’importe qui de signaler, photo à l’appui, une observation d’animal sauvage en milieu urbain ou périurbain, via le site internet ou, prochainement, une application mobile. Chaque signalement est vérifié, puis intégré à une carte interactive consultable en ligne, à l’exception des données sensibles, comme celles concernant les grands mammifères, qui restent protégées. Outre-Sarine, le projet « Nos Voisins sauvages » rencontre un solide succès auprès de la population et donne lieu à de nombreuses collaborations avec les villes et Pro Natura. En Suisse romande, ses débuts sont plus timides. « Nous espérons que la nouvelle application, attendue d’ici la fin de l’année, boostera la participation des habitantes et habitants », relève Christèle Borgeaud. L’outil vise à faciliter l’enregistrement des observations et disposera d’une fonction de reconnaissance capable d’identifier plus de 2600 espèces animales. « Nos Voisins Sauvages » mise aussi sur l’aspect ludique pour élargir son public avec diverses activités nature proposées sur leur site. Cette année, un concours photo invitait les habitants à immortaliser, le temps de l’été, une série de petites bêtes dans la région lausannoise. 145 photos de 38 espèces différentes ont été soumises. Le vote est ouvert jusqu’à fin septembre www.lausanne-morges.nosvoisinssauvages.ch/concours-photo-2026 et les résultats seront annoncés dans la foulée.


