Lutry / Fête des vendanges 2026
Aux Mosses, la Colonie continue de faire grandir les enfants
Près de 300 enfants passent chaque année par le chalet de la Colonie de Lutry. Certains reviennent quelques années plus tard comme moniteurs. Directeur depuis 17 ans, Ludovic Glassey a vu les générations défiler et les camps évoluer. Rencontre.

Syla Sblandano, Coralie Devenes, Stéphane Grandjean, Ludovic Glassey, Penda Cissoko, Julien Bonardot
Ce vendredi matin, une partie des enfants s’apprête à quitter le chalet des Mosses. Direction Château-d’Œx et sa piscine. La veille, certains visitaient les mines de sel de Bex. Mardi, personne n’a dormi ici : « Les groupes ont passé la nuit dans différentes cabanes de la région. L’une d’elles n’a ni eau ni électricité. C’est vraiment l’aventure », sourit Ludovic Glassey.
A 37 ans, le directeur connaît bien la maison. Il y est arrivé à 19 ans, presque par hasard. « Je cherchais un petit job d’été et je suis tombé sur une annonce. Je me suis dit : pourquoi pas ? » Après deux saisons comme moniteur, il se voit proposer la direction. Il n’a alors que 20 ans. « Le comité n’était pas super chaud à la base, car mon jeune âge avait naturellement suscité quelques interrogations ». Le Valaisan est finalement resté.
Six semaines de camps
La Colonie organise aujourd’hui quatre semaines de camps durant l’été, une au printemps et une autre en automne. Les trois premières semaines estivales accueillent chacune jusqu’à 60 enfants âgés de 7 à 13 ans. La dernière est réservée aux adolescents. Sur l’année, environ 300 enfants passent ainsi par les Mosses. Les Lutriens restent prioritaires : « Durant deux semaines, les inscriptions leur sont réservées et ils bénéficient d’un tarif préférentiel ». Les camps sont ensuite ouverts à tous. « On a des enfants du Tessin, du Valais, de Genève et parfois même d’autres pays. »
Au chalet, les journées sont bien remplies. « On essaie de faire trois activités par jour », explique Ludovic Glassey. Sport, jeux, bricolages, visites, piscine ou randonnée : le programme change quotidiennement. Le bâtiment dispose aussi d’une salle de cinéma, d’une salle de bricolage, d’un billard, d’une table de ping-pong et d’une salle pour la boum du vendredi soir. Pour encadrer tout cela, une vingtaine d’adultes se relaient. Parmi les moniteurs, certains visages sont familiers au directeur. « La moitié de mon équipe actuellement, ce sont des enfants qui sont venus à la colo. » Après avoir passé leurs vacances ici, ils reviennent quelques années plus tard pour encadrer les plus jeunes. « C’est chouette, ça prouve qu’il y a une envie de transmettre. »
Moins de candidats
Trouver des moniteurs est pourtant devenu plus difficile. « Avant, on mettait une annonce et on avait 80 ou 90 postulations. Maintenant, on en reçoit une vingtaine. » Ludovic Glassey constate notamment que la rémunération compte davantage qu’autrefois. Un moniteur touche 55 francs par jour, 65 francs s’il est également chauffeur. « On ne fait pas ça pour l’argent. » Une partie de la relève vient donc d’anciens de la Colonie ou d’étudiants qui se destinent aux métiers socio-éducatifs.
L’encadrement a lui aussi évolué. Casiers judiciaires, week-end de préparation, formations et exigences de la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) font désormais partie du fonctionnement. « Au niveau administratif, il y a beaucoup plus de choses qu’il y a 19 ans ». Les attentes des parents ont également changé. Certains déposent leurs enfants sans inquiétude particulière, tandis que d’autres souhaitent davantage de nouvelles durant la semaine. Pour les rassurer, la Colonie publie désormais régulièrement des images des activités sur les réseaux sociaux. « Depuis, on reçoit beaucoup moins d’appels. »
Garder des camps accessibles
Le prix des séjours reste volontairement bas : 350 francs la semaine pour les enfants de Lutry. Pour ceux des autres communes, il s’élève à 400 francs. Ces tarifs sont inchangés depuis 2022. « On a toujours voulu garder un tarif bas pour les enfants. » Les locations du chalet durant le reste de l’année apportent une partie des recettes. La Fête des vendanges joue également son rôle, puisque ses bénéfices sont reversés à la Colonie et contribuent à son fonctionnement.
Un lien qui se retrouve chaque automne dans le Bourg de Lutry. Ludovic Glassey et plusieurs membres de son équipe participent à la Fête des Vendanges, notamment autour du bar des Amis de la Fête, tenu par le comité de la Colonie. « On recroise aussi des enfants de la colo, des parents, on discute ».
Après 19 ans passés à revenir aux Mosses, le directeur n’envisage pas encore de s’arrêter. « C’est vrai qu’on n’a plus 20 ans, mais on reste jeune ! Tant que j’arrive à concilier la Colonie avec ma vie professionnelle et privée, et surtout tant que j’ai du plaisir à venir, je continuerai. Mais je sais qu’un jour viendra où il faudra passer la main. J’avoue que, le moment venu, j’aurai certainement de la peine à lâcher au départ. »
Après Crans-Montana, des questions sur la sécurité
Depuis le drame de Crans-Montana, Ludovic Glassey constate de nouvelles interrogations chez les parents. « On a pas mal de demandes qu’on n’avait pas avant. Typiquement : est-ce que le chalet est aux normes ? Est-ce que vous avez un système de détection incendie ? » Le bâtiment avait fait l’objet de travaux bien avant le drame. Les comptes communaux font notamment état d’une réfection générale du chalet pour un montant de 273’000 francs. « Le chalet est aux normes », assure le directeur.
Le drame du Constellation a profondément touché Lutry, mais également la Colonie. Parmi les victimes, plusieurs jeunes avaient un lien avec la Colonie, certains ayant été blessés et d’autres étant malheureusement décédés. Ils étaient également les amis de nombreux adolescents qui fréquentent encore aujourd’hui nos camps. « Voir ces jeunes pleurer, alors que nous avons l’habitude de les voir jouer, rire et s’amuser à la colo, a été particulièrement difficile. Ce début d’année a été très compliqué ». La Colonie a également souhaité être présente dans ces moments difficiles et offrir, lorsque cela était nécessaire, un espace de parole, d’écoute et de soutien.


