Lutry – Corsy : le village se mobilise pour garder son tilleul centenaire
Sur cette parcelle, on en est déjà au troisième projet immobilier. Mais l’association des Amis de Corsy résiste et se bat pour sauver le tilleul centenaire en s’opposant aux mises à l’enquête et en déposant des recours.


devant le tilleul cher aux habitants du village
Texte et photos Jean-Louis Emmenegger | Le beau tilleul plus que centenaire qui se trouve à Corsy, petit hameau dans la commune de Lutry, a déjà fait l’objet d’une quantité d’articles dans la presse vaudoise et d’émissions de la TV romande et même tessinoise ! Et pour cause : un projet immobilier avait d’abord prévu son abattage pur et simple, et après moult rebondissements juridiques au cours de ces six dernières années, aujourd’hui, un troisième projet pourrait le remettre en danger. Mais l’association des Amis de Corsy veille sur le tilleul centenaire et se bat tous azimuts pour le protéger et le garder, avec l’appui des habitants, des défenseurs de l’environnement et de plusieurs associations de protection de la nature. Zoom arrière pour mieux comprendre les principales étapes de cette polémique qui dure depuis six ans.
Début en 2020
Toute cette saga du tilleul de Corsy commence en 2020 par l’achat d’une petite parcelle par la société immobilière Immosol SA. Elle entend y construire un bâtiment en béton défigurant l’harmonie du village vigneron. Ce premier projet est refusé par la commune. En mars 2022, un groupe d’habitants présente le projet « Parc Walter Mafli », qui répond qu’une participation à l’achat de la parcelle n’est pas envisageable. En mai 2022, l’association des Amis de Corsy est créée ; elle est présidée par Rosa-Maria Gomez Freymond, qui nous rappelle les principales étapes de ce conflit dont le tilleul centenaire est au centre.
Refus du deuxième projet
En mai 2022, la commune met à l’enquête le deuxième projet, qui implique l’abattage du tilleul protégé et présente maintes irrégularités juridiques. « Cette mise à l’enquête reçoit 44 oppositions et une pétition pour préserver le tilleul recueille 1415 signatures » indique Mme Gomez. En novembre 2022, la Direction générale de l‘environnement (DGE) du canton confirme que le tilleul a été évalué comme « arbre remarquable », et que dès lors il bénéficie de la protection du canton. Mais juste avant, la commune accorde le permis de construire et dépose une requête d’abattage du tilleul protégé. En remplacement, elle propose de planter un petit tilleul de 5 mètres ! Mme Gomez précise : « La mise à l’enquête s’est terminée en janvier 2023 : elle a entraîné 418 oppositions légales, dont celles des fondations Helvetia Nostra, Anarpa et Pro Natura Vaud ».
Abattage ou pas abattage ?
En janvier 2023, la commune déclare que le terrain est constructible et que le tilleul peut être abattu malgré les règlements et la nouvelle loi cantonale LPrPNP (Loi sur la protection du patrimoine naturel et paysager) entrée en vigueur le 1er janvier 2023. Le 30 janvier, un recours contre le deuxième projet de construction est déposé au Tribunal cantonal par les Amis de Corsy.
En février, la commune accepte malgré tout l’abattage du tilleul. « Un nouveau recours, mais cette fois-ci contre l’abattage de l’arbre, est déposé au Tribunal cantonal le 6 mars, par l’association des Amis de Corsy et l’Anarpa, ainsi que 152 recourants. Helvetia Nostra dépose son propre recours » commente Mme Gomez. En mars, Immosol SA confirme à la demande des Amis de Corsy un prix excessif pour le terrain. Malgré un appel de fond, l’association des Amis de Corsy n’est pas en mesure d’y répondre. La commune, quant à elle, se refuse à l’achat de la parcelle, car elle ne voit pas « d’intérêt public prépondérant ». En avril, plus de 400 personnes participant à la « Marche bleue » en soutien aux mesures de préservation du climat font une halte remarquée à Corsy.
Inscrit à l’inventaire communal des arbres remarquables
En 2025 entre en vigueur le règlement d’application de la nouvelle Loi cantonale. Grâce au jugement du Tribunal cantonal, le tilleul devient « protégé ». La DGE inscrit le tilleul dans son « inventaire des arbres remarquables ». Un troisième projet d’Immosol SA est mis à l’enquête en septembre 2025, mais il ne respecte pas la règle importante des 1,50m autour de l’arbre. La mise à l’enquête de ce troisième projet est combattue par près de 300 oppositions qui relèvent que de nombreux éléments sont illégaux : une géothermie en terrain instable, la règle des 1,50m, les places de parc qui donnent directement sur le rond-point, etc. Aujourd’hui, plus d’une année après la mise à l’enquête, personne ne sait si la commune va lever les oppositions et accepter ce troisième projet (dans ce cas, des recours sont déjà annoncés), ou le refuser.
Dernier épisode de cette saga : Immosol SA a fait des sondages dans le sol le 9 septembre dernier pour évaluer le système racinaire du tilleul centenaire. Dans quel but ? On le voit, la situation est un vrai serpent de mer, et aucune solution concrète n’apparaît à l’horizon, ceci d’autant plus que « l’association des Amis de Corsy tient absolument à préserver le tilleul centenaire du quartier historique du hameau de Corsy et rêve d’un lieu de rencontre au centre du village » souligne Mme Gomez.
Et si la commune y faisait un parc public ?
De nombreux habitants souhaitent que la commune achète ce terrain pour en faire un parc public, interactif et didactique : selon eux, autant les seniors de Corsy et environs que les enfants de l’école de Corsy qui se trouve à proximité, pourraient grandement en profiter toute l’année, en particulier de l’ombre du tilleul pendant les futurs étés caniculaires. D’ailleurs, le nom a déjà été trouvé : « Le parc Walter Mafli ». Et des propositions concrètes d’aménagement de ce parc existent déjà ! Walter Mafli est un peintre fort connu dans la région, car il a habité plus de 70 ans à côté de cette fameuse parcelle. D’ailleurs, la commune possède des dizaines d’œuvres offertes par le peintre.
On l’aura compris : l’association des Amis de Corsy reste mobilisée et très motivée pour défendre son patrimoine environnemental et culturel. Interrogée sur la situation actuelle du dossier, la Municipalité nous a indiqué en date du 21 octobre : « Le projet de construction est actuellement en cours de procédure, le dossier est entre les mains des services cantonaux dans le cadre de la procédure CAMAC. A ce stade, la Municipalité n’a pas de commentaire particulier à formuler ». Affaire à suivre donc.
Infos : lesamisdecorsy.ch



