L’été où je suis devenue vieille

Isabelle de Courtivron / Editions L’Iconoclaste

Cet été-là, elle est devenue vieille

Monique Misiego | Pendant un cours de yoga, elle remarque qu’elle a de plus en plus de difficultés à faire les asanas habituelles. Puis elle s’agrippe à la rampe pour descendre les escaliers du métro. De plus en plus, dans le bus ou le métro, on lui cède une place assise. Puis c’est l’ophtalmologue qui lui prescrit une opération de la cataracte. Elle se met à voir des jeunes partout, tout le temps. Dans les rues, dans les magasins, attablés aux terrasses des cafés, pédalant sur leur vélo, en couple, en groupe, avec des bébés. Elle n’avait jamais pensé à la vieillesse jusqu’à ce que son corps s’impose à l’évidence : Isabelle, voici la vieillesse, elle est encore discrète mais prendra de plus en plus de place. Accueille-la ! Elle se sent devenir fragile. Fragile pour une jeune fille, c’est avoir de longs cheveux, un visage lisse, des chevilles et des poignets fins. Pour une femme vieillissante, être fragile, c’est l’ostéoporose, tomber, se casser la hanche ou le fémur. Elle va découvrir aussi que ses dents deviennent usées. Après fragile, la voilà usée. Physiquement mais aussi mentalement. L’usure mentale, encore un autre chapitre de la vieillesse. Laisser ses clés sur la porte en sortant. Se tromper dans les dates, oublier certains rendez-vous. Oublier les titres des livres ou des films que l’on aimerait recommander. Oublier des prénoms… Elle va avoir peur de la solitude, alors qu’elle a toujours préféré être seule que mal accompagnée. Des regrets de ne pas avoir eu d’enfants alors que c’était un choix au départ. Des remords face à des situations ou plutôt des constatations peinées sur ses relations. Indépendante, voyageuse, féministe, Isabelle de Courtivron était professeure de lettres aux Etats-Unis. Soudain, plusieurs années après la retraite, elle se rend compte qu’elle est devenue inaudible, invisible. Sans fard, elle raconte avec humour ce basculement qu’elle n’a pas anticipé. Elle revisite son passé, ses amitiés et ses amours. Une lecture émouvante mais drôle aussi sur l’âge qui vient. Tournant le dos à la vie conventionnelle qui l’attendait, Isabelle de Courtivron a enseigné à l’Université de Brown et au MIT. Spécialiste du bilinguisme et des récits féministes, elle a publié sur des romancières comme Violette Leduc ou Clara Malraux. L’été où je suis devenue vieille est son premier récit. Et encore une fois, très réussi pour une première fois. Loin de moi l’idée de vous plomber le moral pendant ces vacances, je vous assure que ce livre parlera à beaucoup d’entre vous qui sont à cet âge charnière de l’arrivée à la retraite. Et je suis certaine que comme moi, vous vous reconnaitrez dans bien des situations qu’elle décrit. Encore une fois, c’est un constat sur ce qui nous arrive mais traité avec humour. Ne vaut-il pas mieux en rire qu’en pleurer?