Un tigre d’à peine 5 millimètres

Lancement de la campagne vaudoise « Ne l’invitons pas à l’apéro »

Thomas Cramatte | Repéré pour la première fois en 2003 au Tessin, le moustique tigre est toujours plus fréquemment signalé dans le canton de Vaud. La présence de cet insecte transmetteur de maladies représente à terme un risque sanitaire. Les autorités cantonales lancent une campagne de prévention pour freiner son invasion. 

Il exsiste trois types de moustiques tigre, tous reconnaissables par leurs rayures noires et blanches

Mauvais voleur

Originaire d’Asie du Sud-Est, sa toute première apparition remonte à 1894 à Calcutta. Piètre voleur, on le retrouve pourtant aujourd’hui sur tous les continents (hormis en Antarctique), les échanges de marchandises internationales favorisent son expansion et la hausse des températures encouragent sa nidification. Ne volant guère plus de 150 mètres par ses propres moyens, le moustique tigre a rejoint le nord des Alpes grâce au déplacement de personnes et de marchandises. « Ce n’est en tout cas pas en raison de ses aptitudes à voler qu’il a franchi les cols alpins, mais plutôt en s’invitant dans les transports en commun. Car la petite bête est fainéante et maladroite en vol », explique Daniel Flotron, préfet du district Lavaux-Oron. Plus lent et silencieux que le moustique commun, il se caractérise par sa petite taille (à peine cinq millimètres). Il est reconnaissable par son corps noir aux rayures blanches, d’où son surnom de moustique tigre. Espèce agressive piquant principalement la journée, le moustique tigre peut transmettre des virus comme celui du zika, du chikungunya et de la dengue. Si le bord des étangs et des lacs ne sont pas ses choix de prédilections, les femelles préfèrent pondre en zone urbaine dans quelques millimètres d’eau. Il est donc important de le priver de ces lieux en supprimant les petites collections d’eau non couverte, telles que vases, coupelles d’eau ou encore des vieux pneus.

Carte d’identité 

Les femelles pondent entre 40 et 80 œufs par pontes. Une fois au stade larvaire, ceux-ci ont besoin d’au moins un cm d’eau durant cinq jours pour éclore. Pouvant survivre plusieurs mois sans eau et lutter face au froid du nord des Alpes en ralentissant leur métabolisme, les œufs possèdent des caractéristiques très résistantes. Les femelles détiennent également ces propriétés et sont même capables d’hiberner. Susceptible de piquer plusieurs fois de suite la même personne, l’insecte à la particularité d’attaquer de jour avec un pic d’activité à l’aube et en soirée. Il peut se regrouper en nuées très gênantes lors de repas ou de réunions en plein d’air. Seules les femelles sont vectrices de maladies infectieuses car, comme pour d’autres espèces de moustiques, les mâles ne piquent pas. Le moustique tigre attaque uniquement pendant la période de reproduction qui s’étend du printemps à l’automne. « Pendant cette période, les femelles sont à la recherche des denrées bénéfiques présentes dans le sang des mammifères et des êtres humains », nous apprend Aurore Jordan, diplômée d’un master de l’Université de Neuchâtel sur les moustiques. Les femelles peuvent se reproduire tout au long de l’année si les températures le permettent (à partir de 25 degrés). L’espérance de vie de l’insecte ne dépasse guère une trentaine de jours. Le moustique tigre devient vecteur de maladie lorsqu’il absorbe du sang d’une personne contaminée. Bien que le risque de transmission du virus zika, chikungunya et celui de la dengue soit encore minime dans le canton, il est important de traiter chaque confrontation avec le moustique afin d’éviter d’avoir un foyer actif de maladie.

Campagne cantonale

« Pour l’heure, aucun moustique tigre a été recensé dans le canton, mais il est important d’être conscient de sa probable arrivée », communique la médecin spécialiste en épidémiologie à la direction de la santé, Alexandra N’Goran. Si la présence de cet insecte peut paraître inquiétante, des gestes simples permettent de freiner son installation et de limiter les risques pour la santé publique. Le canton de Vaud a depuis cette année lancé une campagne de prévention. Dénommée « Ne l’invitons pas à l’apéro », c’est la direction générale de la santé qui est à l’origine de cette action. Quatre villes vaudoises ont été choisies pour participer activement à la traque au moustique tigre. Aigle, Bex, Moudon et Nyon ont depuis le mois de juin installé des pièges afin d’observer une éventuelle présence de larves. « Les six instruments de capture que compte le territoire communal sont examinés tous les 3 à 4 semaines », détaille la sécurité publique moudonnoise. La région du Chablais est plus particulièrement contrôlée en raison d’un cas officialisé à Monthey, en octobre 2019. En cas de piqûre, les réactions peuvent varier d’un individu à l’autre. Selon le type de peau de chacun, les morsures ne présentent aucune différence avec une attaque de moustique commun. Par ailleurs, la direction générale de la santé conseille aux voyageurs présentant des symptômes fiévreux au retour d’un pays où la dengue, le chikiungunya ou le zika sont endémiques, de se faire consulter. 

Vacances en Suisse, moins de tigres

Les restrictions liées au coronavirus devraient réduire son implantation dans le pays. Moins de déplacements à l’étranger empêcheraient ce passager clandestin de franchir les frontières suisses. « Il y a toujours du positif dans une situation délétère », communiquait Daniel Flotron en fin d’interview.

Sources: DGS, moustiques-suisse.ch, Wikipédia

Attention

Si vous pensez avoir repéré un moustique tigre, vous devez le signaler aux autorités qui se chargeront de la lutte biologique contre les larves. Si c’est le cas, le site www.moustiques-suisse.ch permet un recensement facile.