C’est Byzance !

Le milieu muséal est en deuil. Une merveille architecturale, témoin de la grande histoire humaine retourne au travail. Sa fonction de musée depuis 1934 lui a été retirée le 10 juillet au profit d’une mission de prosélytisme. Elle redeviendra la mosquée vers qui les fidèles pourront enfin se tourner pour y voir la grandeur de leur Dieu. On croyait pourtant Sainte-Sophie délivrée de sa charge partisane, enfin vouée à la beauté de l’art et au dialogue entre religions, mais c’était sans compter sur les ambitions du Grand Vizir. A défaut de pouvoir se faire couronner empereur dans une cathédrale, il aura désormais à disposition de sa grandeur la vertigineuse coupole de l’ex-basilique. Triste retour en arrière pour une bâtisse à l’histoire passionnante. Cette merveille du savoir-faire architectural au parcours rebondissant en a vu d’autres. Elle méritait de continuer de témoigner en tant que musée des différents modes de pensées qui l’ont construit, agrandi et utilisé. Au même titre, elle méritait de figurer au patrimoine de l’Unesco. Cette question est maintenant remise sur la table et l’on ne sait si cette inscription restera. Ce changement de fonction peut apparaître comme anecdotique et ne représenter « que » la remise en utilisation d’un lieu de culte. On peut toutefois se permettre d’en douter, ce geste n’est certainement pas fortuit. A l’aune de la montée des populismes et des dictateurs qui ne se cachent plus, l’« élite » du monde occidental va même jusqu’à féliciter ce mode de gestion d’un pays. Le Grand Pacha ne s’en cache pas non plus en tenant le pouvoir exécutif comme législatif dans ses mains. Istanbul est à la croisée de l’Histoire et l’a toujours été à travers toute notre ère. Les changements, opérés dans l’ancienne Constantinople, continuent d’influencer la vie en Europe comme au Moyen Orient. Un musée qui se transforme en mosquée est un peu comme le battement d’aile du papillon engendrant un tsunami de l’autre côté du monde…