Les battantes

Simona Brunel-Ferrarelli – Editions Encre Fraîche

Monique Misiego | L’action se passe dans un petit village d’Italie, Rocca Patrizia. D’un côté, les familles bourgeoises, de l’autre les gens de la terre. On ne se mélange pas, jamais. L’une de ces familles bourgeoises est réputée pour sa discrétion et sa respectabilité. Dans cette famille, c’est l’oncle qui commande, c’est lui le patriarche. Les enfants doivent obéir au doigt et à l’œil. Mais comme dans toutes les familles, celle-ci n’échappe pas aux secrets, aux tromperies, à toutes sortes d’actions pas très glorieuses. Mais ils n’en parlent pas, imaginant que de ne pas les nommer ne les fait pas exister. De l’autre, les familles plus pauvres, les gens de la terre, il y a même une juive, arrivée dans ce village pendant la guerre et cachée par certains habitants. Au milieu de tout cela, une institutrice qui adore son métier mais qui voudrait bousculer les conventions, une ancienne institutrice qui en sait tellement sur tout le monde qu’elle pourrait écrire un livre. Des enfants et des ados surtout, à fleur de peau, qui découvrent l’amour. Mais en ont-ils le droit ? Sont-ils du même bord ? Des secrets qui remontent à la surface vont chambouler tout ce village et faire vaciller des amours naissantes. Mais c’est sans compter la fureur de vivre de deux ados qui vont sceller leur destin à tout jamais malgré les réticences et les interdits. C’est un village d’Italie comme tous les petits villages du Sud, où les gens se toisent et se jalousent. Mais où il y a aussi une solidarité entre certains qui n’était pas flagrante au départ. Les liens se dévoilent au fil des pages. L’auteure redonne vie à cette Italie d’autrefois, aussi dramatique qu’envoûtante. Pour ne rien gâcher, l’écriture est fine et subtile, souvent poétique, parfois romantique. De la broderie pour les couturières. L’auteure, Simona Brunel-Ferrarelli, est née à Rome. Elle vit à Genève où elle a étudié les lettres à l’Université. Puis elle enseigne la littérature française dans des écoles privées. Elle perd son emploi, connaît des problèmes de santé, doit affronter plusieurs deuils dont celui de sa mère. Les battantes, pour lequel elle a reçu le Prix littéraire 2018 des écrivains genevois offert par la Ville de Genève, est son premier roman. Elle reçoit également en 2020 le Prix SPG du premier roman. Elle souligne d’ailleurs dans un article de « La Tribune de Genève » que ces deux prix lui ont redonné une place: « Quand on a 50 ans et qu’une employée de l’Office cantonal de l’emploi vous dit que vous ne retrouverez pas de travail, c’est très dur. » Encore une fois, un premier roman qui est un bijou comme souvent ceux que je vous présente. A ce moment-là, je suis impatiente de lire les suivants.