« I am Greta » – La vie privée d’une jeune activiste

L’histoire de Greta semble exprimer celle de toute une génération

Charlyne Genoud | « I am Greta » de Nathan Grossman. Présenté à la Mostra de Venise cet été, « I am Greta » suit la jeune activiste climatique
Greta Thunberg, de ses premiers jours de manifestation en solitaire devant le parlement suédois en 2018, jusqu’au sommet climatique tenu à New York par l’ONU en décembre 2019. Avec l’histoire de Greta semble s’exprimer celle de toute une génération qui a dû se lever et hurler pour que leur avenir soit enfin pris en compte. 

Greta entre en scène

Le film s’ouvre en août 2019, sur la vue d’une Greta ballottée par les vagues de l’océan Atlantique. En route pour New York en voilier pour éviter de prendre l’avion, cet instant marquera en fait le point final du récit que l’on s’apprête à voir. En même temps, cette première scène est une jolie manière de voir Greta arriver à l’écran puisqu’elle représente métaphoriquement le chemin difficile qu’a subi cette enfant souffrant du syndrome d’Asperger avant de connaître la notoriété. Placer comme préambule, le point d’arrivée du film permet aussi de souligner que nous sommes ancrés dans un présent qui nous fait oublier le trajet ayant précédé. Succèdent à cette séquence des images de catastrophes climatiques, avec pour voix over, les théories conspirationnistes de politiciens à travers le monde. Ces dernières nous replongent dans cette époque désormais révolue où le nom de Greta Thunberg n’évoquait rien encore, et où les manifestations pour le climat se faisaient discrètes. 

Greta sous un autre angle

L’histoire de Greta commence sans doute par sa marginalité. Or, cette caractéristique qui semble l’avoir menée vers la lutte ne peut désormais plus lui être attribuée : élue personnalité de l’année 2019 par le Time, son image semble avoir autant souffert que bénéficié de cette médiatisation globale. Le documentaire de Nathan Grossman permet dès lors de s’éloigner des idées vagues que chacun d’entre nous, à travers le monde, s’est fait de la jeune suédoise. Le film permet ainsi de s’approcher de Greta, tant dans son intimité et son contexte familial que dans sa vie publique. Le film propose ainsi un oscillement incessant entre la sphère privée de la jeune fille et son profil publique. Ces deux aspects étant intimement liés, on comprend rapidement que sa vie est grandement axée sur la cause qu’elle porte depuis quelques années. En s’approchant ainsi de Greta, le réalisateur dévoile le caractère obsessionnel qu’a cette lutte pour la jeune fille. On la voit ainsi ne plus vouloir manger, au grand dam de son père. « Les autres m’attendent » clame-t-elle à son père devant un distributeur de nourriture. Le plan est filmé de loin, comme pour respecter ce moment d’intimité complexe. On la voit ensuite peaufiner ses discours des heures durant, au point que son père tente de lui arracher l’ordinateur portable sur lequel elle travaille.

Des discours

Les discours vus et revus de Greta sont présents dans le film de Nathan Grossman mais recontextualisés. Ainsi, le discours tenu au sommet du climat de New York, qui a poussé certains à se détourner d’elle est profondément mis à l’échelle. En effet, nous avons toutes et tous vu ses cris devant cette réunion de dirigeants. « How dare you ? » scandait-elle en décembre 2019 sous les yeux indifférents d’Angela Merkel – ne parlons même pas de ceux et celles qui trituraient leurs téléphones et autres gadgets. Mis en relief par les plans qui précèdent ce sommet, à savoir ceux de sa longue et éreintante traversée en bateau, on comprend que le combat qui use Greta justifie sa colère. 

Solitude

A la source de ces premiers instants de manifestation en solitaire, le documentaire semble placer l’exclusion sociale de la jeune suédoise. Cette difficile partie de son enfance, qu’elle narre en voix over, l’a poussée à se replier sur elle-même et à s’appuyer sur sa famille, mais aussi à passer beaucoup de temps avec des animaux. Très proche de ces derniers comme de la nature tout au long du film, on comprend vite que c’est aussi cette attache qui motive un combat semé d’embuche. Aux premières heures de sa manifestation « Fridays for future », on la voit ainsi dans sa difficulté à discuter avec les gens qui l’abordent. En parallèle, le documentaire révèle la grande proximité qu’elle a avec son père, figurée au moyen d’un gros plan sur une oreille. Evidemment, son autisme est déterminant dans sa lutte acharnée. Mais le film ne s’attarde pas inutilement à dresser le portrait d’une jeune troublée. Au contraire, il montre comment cette pathologie a été salvatrice pour une société incapable de voir les choses en face. La voix over de la jeune fille conclut d’ailleurs « Des fois je pense que ce serait bien si tout le monde avait une fraction d’Asperger. Du moins quand il est question du climat ». CG