La région Lavaux-Oron active dans le monde du sport inclusif

Le Golf de Lavaux et les Ecuries Equi-Libre sont actifs dans ce domaine

Depuis quelques temps, Special Olympics a lancé un programme de sport inclusif. Dans la région, le Golf de Lavaux et les Ecuries Equi-Libre sont actifs dans ce domaine.

C’est au Golf de Lavaux que Bran Banic dispense ses cours

Dans le monde du handicap, on pourrait dire que les sports paralympiques ne sont plus à présenter. En effet, les Jeux paralympiques, qui se déroulent peu après les JO, sont actuellement largement couverts par les médias. Ce sont des sports, toutefois, qui ne sont pas mis en avant. Ce sont les sports inclusifs, pratiqués non pas par des personnes en condition de handicap physique, mais par des personnes en condition de handicap mental. Deux organisations de la région sont actives dans le domaine, le Golf de Lavaux, par l’entremise de Bran Banic, et Les Ecuries Equi-Libre, à Savigny, gérées par Thomas Reginster.

Pour le premier nommé, le fait d’œuvrer dans le monde du sport inclusif est relativement nouveau puisqu’il a commencé juste avant que le Covid ne débarque en Suisse. Les jeunes avec lesquels il travaille sont autistes. « Il sont sur le prisme, mais à des degrés qui leur permettent de tout à fait être confortables pour se sociabiliser dans un environnement comme celui du golf ». Lorsque l’on écoute Bran Banic, on se rend très vite compte combien il est passionné par son métier de professeur de golf, mais aussi par son travail effectué sous l’égide de Special Olympics. Outre le fait de prodiguer son enseignement aux trois jeunes dont il a la charge, cet encadrement a été une véritable découverte pour lui et, surtout, la source d’une grande remise en question. « Malgré mes années d’expérience dans l’enseignement du golf, je n’ai jamais été aussi nerveux de débuter un cours que lorsque j’ai commencé à travailler avec eux. J’étais inquiet sur les mots que j’allais utiliser, sur la vitesse de ma locution. Il y a eu beaucoup de remises en question. Finalement, ce sont eux qui m’ont mis confortable ».

Des informations prises comme vérité au premier degré, pas toujours facile à gérer

Sportivement parlant, ce qui a marqué le prof du Golf de Lavaux c’est avant tout la discipline avec laquelle ses jeunes s’impliquent à répéter les gestes appris ce qui ne va pas, certaines fois, sans compliquer sa tâche. « Ce sont des jeunes, qui, lorsqu’ils reçoivent une information technique, la prennent pour une vérité du premier degré. Il faut ensuite de l’habileté pour, tout à coup, leur demander de faire évoluer quelque chose sur des positions. Ils sont très disciplinés à répéter les gestes appris. Ils fonctionnent aussi beaucoup sur leurs propres habitudes. Il est donc nécessaire d’avoir une approche spécifique. Cela perturbait ma manière de travailler et mon confort, mais c’est très intéressant ».

Le sport, dans un ensemble de méthodes allant vers la sociabilité

L’autisme, fait que les personnes qui en sont atteintes éprouvent des difficultés au niveau de la sociabilité. Lorsque l’on demande à Olivier Steffen, l’un des parents des jeunes suivis par Bran Banic, s’il a remarqué une évolution de son fils à ce niveau-là grâce au golf, la réponse est que cela y contribue certainement. « Ce n’est pas une science exacte. Ce qui marche le lundi ne marche pas forcément le mardi et ce qui fonctionne en janvier ne fonctionne pas en février. Le but d’avoir inscrit mon fils au golf, c’est que cela fait partie d’un ensemble de méthodes qui lui permet d’être en
interaction avec des gens auprès desquels il ne serait pas forcément allé spontanément. Je pense qu’il y a certainement un lien. Maintenant est-ce que c’est cela qui a déclenché ? Je ne pense pas. Est-ce que cela y a contribué ? La réponse est oui ».
Pour Bran Banic, si ce dernier ne peut pas vraiment dire si les jeunes dont il s’occupe ont évolué du point de vue sociabilité, il constate volontiers que ses élèves ont appris à accepter son humour. « J’ai eu un message de leurs parents qui me disaient qu’ils ne peuvent pas forcément comprendre ce deuxième degré. Moi, j’ai le sentiment qu’en tout cas, dans notre relation humaine qui s’est développée depuis trois ans, parfois, lorsque je dis quelque chose, ils se retournent et disent « Ah mais cela c’était une blague ». C’est très touchant. J’éprouve énormément de plaisir. Pour moi, alors que nous nous voyons pratiquement une fois par semaine le samedi matin, chaque session avec eux, j’apprends. J’apprends sur moi en tant que coach, j’apprends sur eux. Ils sont fascinants ».

Le sport inclusif implique que chacun, malgré ses déficiences physiques ou intellectuelles, puisse participer à des activités sportives avec ses pairs. En cela, il convient de constater que cet objectif est largement atteint au Golf de Lavaux.

Thomas Reginster et Maxime prennent l’inclusion à contre-pied de ce qui est préconisé en Suisse

Le cheval collègue de travail

Thomas Reginster, lui, ne s’occupe actuellement pas de jeunes autistes. En arrivant en Suisse, ce Belge d’origine avait déjà un solide bagage dans le domaine de l’hippothérapie et du sport adapté. A son manège Equi-Libre à Savigny, il prend en charge, entre autres, des personnes atteintes de trisomie, de TDAH (Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou des personnes avec un handicap de portée un peu plus générale, mais sans syndrome spécifique. Dire que son outil de travail est le cheval serait faux. « C’est un collègue ! D’un point de vue psychique, moral, etc. le cheval, c’est impressionnant. C’est un élément de rêve. Un cheval, c’est vrai, cela ne triche pas. Vous lui faites mal, il va vous le faire comprendre, de même que si vous lui faites peur ou s’il se sent rassuré. Du point de vue psychologique, c’est un excellent moyen de s’extraire de sa condition du moment. Du point de vue physique, la pratique du cheval, dans le bon sens, à l’endroit et correctement, est excellente pour le dos. Nous nous en sommes rendus compte avec beaucoup de cavaliers qui se sont intéressés à la question et qui sont devenus physios ».

Au moment de rencontrer Thomas Respinger, il terminait une leçon avec l’un de ses protégés, Maxime, jeune homme de 22 ans, extrêmement sympathique et en situation de handicap de portée générale, c’est-à-dire, sans syndrome spécifique. Il est l’image même des bienfaits que le travail effectué avec les chevaux peut apporter. « Lorsque j’ai rencontré Maxime, il est arrivé vers moi en se cachant derrière sa maman. Il n’a pas dit un mot de toute la séance de présentation. Aujourd’hui, il a des amis au centre. Il vient monter deux fois par semaine, tout seul, depuis son domicile. Pour ce faire, il va à pied, jusqu’à l’arrêt de bus, prend le bus jusqu’à la gare. Va en train jusqu’à Lausanne puis prend le métro et un autre bus jusqu’à la Claie-aux-Moines avant de terminer le trajet à pied ».

En matière de sport inclusif, Special Olympics s’engage pour que les enfants, les adolescents et les adultes en situation de handicap mental puissent développer leurs capacités mentales et physiques grâce au sport et propose régulièrement des entraînements et des compétitions dans une grande variété de sports. Le cavalier-écuyer de Savigny va encore plus loin dans le monde de l’inclusion. « Nous avons un programme que l’on appelle Handicapable. Le but est de mettre ces jeunes, pour autant que leur situation le permette, dans des situations semi-professionnelles si on veut ». Dans le cadre de ce programme, Thomas Respinger et ses protégés proposent, entre autres, des balades avec un char à fondue. « Je prends toujours des jeunes pour accompagner les mouvements. Maxime est toujours le premier à le faire. Il va vers les gens, c’est assez extraordinaire ». A Savigny, le cavalier-écuyer prend le contre-pied de la politique inclusive pratiquée en Suisse. « J’ai toujours un peu l’impression que l’inclusion, c’est de prendre les personnes en situation de handicap et de les pousser dans la foule des personnes dites valides. Allez hop, faut s’inclure. C’est au forceps que l’on y va pour les intégrer dans la société. On force et cela finira par passer ». Or, avec ce programme Handicapable c’est l’inverse qui se passe. Ce sont les personnes dites valides qui s’approchent de celles en situation de handicap.

Maxime, quant à lui, est ravi de son expérience avec le monde équin et de sa collaboration avec Thomas Respinger. « L’équitation, pour moi, c’est un loisir et un moment de détente. Etre avec les chevaux, ça me fait du bien. Cela me permet de me déconnecter des mauvaises choses, de me vider la tête, surtout avec un cheval ici avec lequel j’ai construit un lien. Pour ce qui est du char à fondue, c’est quelque chose que j’aime beaucoup faire. Je suis assez sociable. Cela fait depuis un moment que je suis assez bon dans la sociabilité. J’aime bien discuter avec les gens ».