La Poste en période de l’Avent
Chapitre 1 sur 2 – Entre restructurations et baisses de volets, le Père Noël reste à l’adresse
Fermetures d’offices, réorganisations jugées inhumaines ou pression sur les collaborateurs, ces derniers mois, La Poste accumule les critiques. Mais au milieu des divergences et d’un climat social parfois tendu, un service résiste, profondément humain et étonnamment discret. Chaque année, les lettres au Père Noël rappellent qu’au sein du géant jaune, la magie continue d’opérer, portée par une petite équipe de lutins bien réels.

C’est en 1950 que La Poste commence officiellement à prêter main-forte au Père Noël. Il y a 75 ans, quelques employés attendris se contentaient de renvoyer une carte aux enfants ayant griffonné un souhait à l’intention du vieil homme en rouge. Peu à peu, la tradition s’institutionnalise. Aujourd’hui, elle repose sur une petite équipe basée à Cadenazzo, au Tessin, dans une filiale spécialement dédiée à la correspondance du Père Noël et de l’Enfant Jésus.
Chaque année, dès la fin novembre, les premières enveloppes décorées affluent. Le volume varie, mais il se chiffre systématiquement en dizaines de milliers (31’174 en 2024). Fait surprenant, plus de la moitié (55.9 %) des lettres proviennent de Suisse romande, un engouement nettement supérieur à celui observé en Suisse alémanique (15.1 %) ou au Tessin (14.1 % et 3.8 % en anglais). Les enfants y déposent leur fantaisie, leurs frustrations et parfois leurs blessures. Si certains demandent un iPhone ou un jeu vidéo, d’autres petits expéditeurs font part de récits qui bouleversent les lutins : un petit frère perdu, un parent malade, une demande d’aide pour un père au chômage. « Je me souviens de certaines lettres qui m’ont ému aux larmes : des enfants racontant la perte d’un petit frère, d’un parent, ou demandant de l’aide pour un père au chômage. Ces vœux immatériels sont plutôt rares, mais profondément touchants », explique le chef des lutins.

Au Tessin, des lutins bien réels
A Cadenazzo, huit personnes forment l’équipe officielle du Père Noël. La Poste protège soigneusement leur anonymat pour préserver le mystère, mais leur rôle est clair : trier les lettres par langue, lire chaque message et renvoyer une réponse dans les trois langues nationales. Ces réponses, personnalisées dans la mesure du possible, portent toutes un timbre de Noël et le cachet spécial de Bern-Bethlehem. Elles contiennent aussi un petit cadeau dont la nature reste secrète. Malgré notre insistance, la déléguée à la communication ne dévoilera pas plus de précisions à ce propos.
Aujourd’hui, la tradition attire aussi les écoles. De nombreuses classes organisent la rédaction collective de lettres, un exercice à la fois poétique et logistique. Les enseignants précisent le nombre d’élèves afin d’assurer que chacun reçoive son courrier retour. Dans un pays marqué par la diversité culturelle et la richesse lingustique, les destinataires changent selon les régions : « En Romandie, on écrit surtout au Père Noël, en Suisse allemande, au Samichlaus ou au Christkind, et au Tessin, au Gesù Bambino ou au Babbo Natale », détaille la chargée de communication. Une mosaïque de traditions qui défile sous les yeux des lutins.
La magie dans un contexte tendu
Que ce service subsiste peut surprendre dans une période où La Poste est critiquée pour ses fermetures d’offices et ses restructurations successives. Alors que les volumes de colis explosent et que les opérations se mécanisent, la « prestation Père Noël » détonne : non rentable, chronophage, presque anachronique. Et pourtant, elle perdure. Chaque lettre reçoit une réponse. Aucune n’est laissée de côté, qu’elle soit affranchie ou non, adressée correctement ou griffonnée à la hâte. « En termes de budget, nous ne publions pas de chiffre à ce sujet. »
C’est peut-être ce contraste qui fascine : alors que le géant jaune est perçu comme une machine froide, cette cellule minuscule continue d’offrir un geste profondément humain. Une parenthèse dans la période de l’Avent, une sorte de rappel qu’au-delà des tensions internes, il existe encore des services où la bienveillance prime sur les chiffres.
Comment écrire au Père Noël ?
Peu importe la figure choisie : Père Noël, Christkind, Samichlaus, Babbo Natale ou Enfant Jésus. La Poste distribue toutes les lettres. Il suffit d’indiquer clairement le nom et l’adresse de l’expéditeur, de coller un timbre et d’envoyer le courrier avant le 12 décembre pour recevoir une réponse avant Noël. Chaque lettre reçoit une réponse personnalisée, un timbre de Noël, le cachet Bern-Bethlehem et un petit cadeau.


