La petite histoire des mots – Baleine

Illustration © Arvid Ellefsplass

Georges Pop  |  L’histoire peut paraître invraisemblable, elle est pourtant authentique : la semaine dernière, un pêcheur du Massachusetts, aux Etats-Unis, qui chassait le homard en plongée, a été avalé par une baleine à bosse qui a fini par le « recracher » au bout de quelques dizaines de secondes, couvert de bleus, groggy mais sain et sauf. Pas étonnant, selon les experts du Centre d’études côtières de Provincetown, au sud de Boston, qui ont confirmé l’épisode. Ils ont expliqué que, pour se nourrir, ces mammifères marins foncent, bouche ouverte, et avalent les poissons, avant de rejeter l’eau ingurgitée à travers leurs fanons qui agissent comme un filtre. Leur bouche est assez large, mais leur gorge trop étroite pour laisser passer une proie de la taille d’un homme.

La mésaventure de ce pêcheur n’est pas sans rappeler celle, biblique, de Jonas, ou celle de Pinocchio qui, dans la version animée des studios Disney, se fait gober, non par un requin, comme dans l’œuvre originale, mais par une baleine. De tout temps, les grands cétacés ont fasciné les hommes. Les anciens Grecs et les Romains avaient déjà observé que les baleines, en dépit des apparences, n’étaient pas des poissons, mais des mammifères pourvus de poumons et d’un évent, l’équivalent de nos narines.

En ancien français, le mot « baleine » est avéré à partir du XIe siècle. Il dérive du latin « ballaena », lui-même issu du grec « phallaina » qui désigne ces grands animaux marins. Il est étonnant de relever que ce terme grec est apparenté au mot « phallos », duquel est issu, en français, le substantif « phallus ». Comment expliquer une telle proximité ? Il n’y a pas unanimité sur le sujet. Selon certains linguistes, « phallaina » et « phallos » se seraient forgés sur un terme indo-européen très ancien désignant quelque chose qui « se gonfle ». Pour d’autres, en Grèce notamment, les baleines ont été associées à des phallus, en raison de leur similitude de forme avec un pénis turgescent… Similitude de forme, peut-être, mais évidemment pas de taille !

Petite question : pourquoi les baleines d’un parapluie, d’un corset ou d’un soutien-gorge portent-elles ce nom ? Tout simplement parce que du XVIe au XVIIIe siècle, les corsetier et les fabricants de parapluies utilisaient, en très grand nombre, de vrais fanons de baleines étroits, solides et souples. Au début du XIXe siècle, on y renonça au profit de baleines en acier pour les corsets et en bois ou en jonc, plus souples, pour les parapluies. Mais le nom de « baleines » est resté.

Il est intéressant de relever que l’ancêtre des baleines actuelles, était un petit quadrupède terrestre de 1 à 2 mètres de long, appelé Pakicetus, qui vivait il y a 50 millions d’années. Son squelette a été découvert au Pakistan. Progressivement, les descendants de cet animal carnivore se sont tournés vers le milieu aquatique pour échapper à leurs prédateurs et y trouver une nourriture plus abondante. Les baleines actuelles sont soumises à plusieurs menaces : les changements climatiques, la diminution de l’abondance des proies due à la pêche intensive, la navigation, les baleiniers japonais et la pollution des océans. Leur grande taille les rend particulièrement vulnérable au manque de nourriture.

Pour conclure sur une note souriante, laissons le « bon mot » de la fin au regretté Jean Carmet : « Un sous-marin, pour une baleine, c’est un gros suppositoire ». 

Georges Pop