La petite histoire des mots

Académie

Georges Pop | L’Académie française, sentinelle d’une langue qui se targue de 284 millions de locuteurs, ce qui en fait la cinquième langue parlée au monde, s’est rappelée à notre bon souvenir, la semaine dernière, en pleine pandémie. Dans un communiqué, largement repris par la presse francophone, l’Académie a rappelé que Covid est un mot du genre féminin et non masculin. Elle en a rappelé les raisons : Covid est l’acronyme de « Corona Virus Disease ». Or, selon les règles grammaticales de la langue française, les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau de la locution dont ils sont une abréviation. Le mot anglais « disease » voulant dire maladie, mot féminin, Covid se doit donc d’être au féminin. L’Académie française n’est d’ailleurs pas seule dans sa démarche. Au Canada, le féminin est également d’usage pour dénommer cet acronyme. Et c’est aussi au féminin que l’utilise l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dont le siège, faut-il le rappeler, est à Genève. Voilà qui nous amène au mot « académie » qui désigne ici une assemblée de gens de lettres. Le mot s’applique cependant aussi, par exemple, à une assemblée de savants ou d’artistes. Le terme nous vient du grec Ἀκαδημία (Akadếmia) qui désignait, dans l’Antiquité, un jardin de la cité d’Athènes. C’est en effet dans le Jardin de l’Académos que le philosophe Platon enseignait la philosophie au IVe siècle av. J.-C. Ce jardin tirait son nom d’un héros athénien dont le tombeau était située dans le voisinage. « Académie » a fini par désigner l’école philosophique fondée par Platon vers 387 avant notre ère. Le mot est passé au latin puis dans la langue française au XVIe siècle, pour désigner un lieu où l’on enseignait certaines disciplines. L’Académie française fut quant à elle fondée en 1634, puis officialisée une année plus tard, par le cardinal de Richelieu, afin de normaliser la langue française. Le roi Louis XIII donna pour mission à l’Académie de rendre le français plus pur, plus éloquent et capable de traiter des arts et des sciences. Cet aéropage de gens cultivés rassemble de nos jours des personnalités qui ont fait briller la langue française : poètes, auteurs littéraires, philosophes et scientifiques, mais aussi, par tradition, des militaires de haut rang, des dignitaires religieux, ainsi que des politiciens. La nationalité n’est pas un critère pour devenir l’un des quarante académiciens. Il suffit d’avoir défendu ou illustré la langue française avec panache. Depuis 2019, l’Académie met son Dictionnaire à disposition du public sur son site internet, en accès gratuit. La qualification d’immortels attribuées aux académiciens peut paraître quelque peu ridicule. Ils doivent cette « immortalité » à la devise « A l’immortalité » qui figure sur le sceau donné à l’Académie par le cardinal de Richelieu qui se référait à la langue française. C’est elle qui est immortelle et non ceux qui la défendent. L’Académie n’a pas que des amis. Le président Georges Clémenceau, l’un des plus illustres hommes d’Etat français du XXe siècle, s’était distingué en déclarant : « Donnez-moi quarante trous du cul et je vous fais une Académie française. »