La petite histoire des mots
Administration

Les jeunes PLR partent en campagne contre la croissance, selon eux injustifiée, de l’administration fédérale qui, disent-ils, croît « silencieusement, continuellement, et sans frein ». Mardi dernier, ils ont lancé une initiative populaire visant à lier la croissance des dépenses de la Confédération à l’évolution du salaire médian de la population. Voilà qui nous mène au mot « administration » qui désigne l’ensemble des services et agents chargé de gérer un bien, un ensemble de biens, ainsi que les affaires publiques ou privées.
Ce mot nous vient du latin « administratio », issu du verbe « administrare » qui avait le sens de « servir », « prêter son aide », « gérer » ou « diriger ». Composé du préfixe « ad- » (vers – à) et de « ministrare » (servir, aider), il évoque étymologiquement l’idée de fournir un service ou d’exercer une fonction d’assistance. Il apparaît dans la langue française au XIIe siècle, sous la forme « aministration » pour désigner un service religieux ou civil. C’est de cette époque que date aussi le rituel catholique consistant à « administrer » aux mourants les derniers sacrements, autrement dit l’extrême onction.
Il est intéressant, au passage, de noter deux choses. D’abord que le mot « administration » est entré dans la langue anglaise, via le vieux français, au milieu du XIVe siècle, pour désigner l’acte de gérer ou de s’occuper d’une propriété. Ensuite, que les substantifs « ministre » et « administration » sont étymologiquement apparentés, étant tous deux rattachés au latin « minister » (serviteur), un dérivé de « minus » (moins), par opposition à « magister » (maître). Ils désignent tous deux des fonctions de service : le ministre « sert » l’Etat en le dirigeant, tandis que l’administration exécute les décisions du premier.
Le mot « administration » a commencé à définir les services de l’Etat principalement à partir du XVIIIe siècle, passant de la gestion des affaires privées vers celle des affaires publiques. Cette évolution s’est renforcée au XIXe siècle, avec la séparation des pouvoirs, rattachant l’administration au pouvoir exécutif et au service public.
Dans les pays démocratiques, les fonctionnaires de l’administration publique font l’objet d’attaques régulières, souvent très injustes. En France voisine, notamment, ces agents sont souvent caricaturés comme étant moins productifs, souvent absents, protégés et trop payés par rapport au secteur privé. L’image d’une administration paperassière, hypertrophiée, rigide et lente revient aussi régulièrement.
Grande figure de la IIIe République, Georges Clemenceau adorait stigmatiser les fonctionnaires. On lui doit ces deux citations : « La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts » et « Les fonctionnaires sont les meilleurs maris : quand ils rentrent le soir à la maison, ils ne sont pas fatigués et ont déjà lu le journal. »
Plus récemment, dans l’émission humoristique Les Nuls de la télévision française, l’information suivante a été révélée : « Un fonctionnaire s’est tué au travail. Son menton a quitté la paume de sa main droite … »


