La petite histoire des mots

Sarcophage

Georges Pop | Le tombeau supposé de la reine Berthe de Souabe, figure mythique de l’histoire vaudoise, a été ouvert la semaine dernière, sur le site de l’Abbatiale de Payerne. Installé en 1818 dans l’église de la cité broyarde, le sarcophage a révélé un crâne entier et des ossements humains qui vont être analysés. Il est très peu probable que les restes exhumés soient vraiment ceux de la reine Berthe. Le mot « sarcophage » désigne une sépulture en forme de cuve, destinée à recueillir le corps d’un défunt ou un cercueil. Le plus souvent sculpté dans la pierre, le sarcophage est généralement placé au-dessus du sol, mais peut, parfois, être enterré. Le terme nous vient du latin « sarcophagus » assigné à un tombeau. Les Romains l’avaient emprunté à l’expression grecque « lithos sarcophagos » qui associe les mots « lithos », qui signifie « pierre », à « sarx », qui désigne la chair, ainsi qu’à « phagein » qui veut dire « manger ». Au sens littéral, « lithos sarcophagos » signifie « la pierre qui dévore la chair » ou « la pierre qui mange la viande ». Selon la croyance antique, la pierre utilisée pour certaines sépultures, dans la Grèce antique, précipitait la putréfaction, puis la disparition des chairs, ne laissant que les os. Selon le naturaliste romain Pline l’Ancien, cette pierre, qui avait la propriété de consumer les corps en quarante jours, provenait de la cité grecque d’Assos, fondée au VIIe siècle av. J-C par des colons venus de l’île de Lesbos, juste en face des côtes de l’Asie Mineure. Les fouilles archéologiques, réalisées sur le vaste site de cette cité antique, situé aujourd’hui en Turquie, ont mis au jour des sarcophages faits d’une pierre volcanique très poreuse, qui semble bien être celle évoquée par Pline l’Ancien. En français, le mot « sarcophage » est avéré dès le XVIIe siècle, pour désigner les cercueils en pierre. « Sarcophage » est aussi à l’origine du mot « cercueil », dérivé du terme « sarqueu », utilisé au moyen-âge pour parler d’un coffre allongé dans lequel on déposait les morts. Ce mot de l’ancien français est une réduction phonétique du « sarcophagus » latin. Par extension, de nos jours, le mot « sarcophage » est aussi utilisé pour désigner des structures destinées à confiner des sites présentant un danger, notamment radioactif. C’est le cas, par exemple, de celui construit, dès 1986, sur le site de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Il a été remplacé, en 2007, par une grande structure métallique, en forme d’arche, de 108 m de haut et de 162 m de large, conçue, selon ses constructeurs, pour durer cent ans. Il est intéressant de relever qu’en médecine, l’adjectif « sarcophage » s’applique toujours à un produit, ou un médicament, qui ronge les chairs. En France, certains éditorialistes ont, à plus d’une reprise, qualifié l’ancien président Nicolas Sarkozy, empêtré dans diverses affaires saisies par le justice, de « sarcophage de la démocratie »… Pour terminer sur une note plus poétique, notons que chez les anciens Egyptiens, les sarcophages étaient appelés « neb ânkh », ce qui signifie « maître de la vie ». Ils avaient la forme d’une barque, pour naviguer vers l’au-delà et y déposer l’âme immortelle du défunt qui y avait pris place.