Faustien

Le 29 juin, lors de la réunion des membres de l’OTAN au sommet de Madrid, le président turc avait levé son veto grâce à un accord avec la Suède et la Finlande sur leur pleine coopération dans sa lutte contre les « terroristes » du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) ainsi que pour la levée de l’embargo par l’Alliance sur la vente d’armes.

Tous les membres de l’OTAN s’étaient félicités de cet accord permettant le renforcement de l’Alliance atlantique face aux velléités de l’ogre russe aux portes de l’Europe.

Lundi 18 juillet, à la veille d’un sommet tripartite avec l’Iran et la Russie, partie du processus d’Astana, mis en place en 2017 pour trouver une solution politique avec la Syrie, Recep Tayyip Erdogan a menacé de geler le processus d’adhésion des deux pays nordiques si ses conditions n’étaient pas remplies rapidement.

Carton plein, quine et dix de der !

Membre depuis 1952, la Turquie a les cartes en main et maîtrise le jeu avec une ouverture déconcertante. Jouant du veto à l’ouest, proposant ses bons offices aux Russes et aux Ukrainiens au centre, tout en préparant son offensive contre les Kurdes sur le front syrien, le Sultan turc ne s’embarrasse pas de scrupules en jouant ouvertement des vases communicants.

Chaque camp avance ses pions et protège ses intérêts et tous communiquent allègrement leur satisfaction, à l’image d’un Daladier descendant d’avion en brandissant les accords de Munich. On connait trop bien la suite…

Les intrications géopolitiques et les enjeux sont gigantesques, et les conséquences sont déjà désastreuses. Le monde est laissé aux autocrates derrière lesquels se réfugient tous les intérêts énergétiques et financiers. Même les populations soutiennent aveuglément l’Homme providentiel, solution de tous les problèmes. Bien évidemment.

Le pacte est faustien, mais bien malin qui aurait suffisamment de clairvoyance pour attribuer les rôles de Faust et du Diable…