Eugène Burnand le peintre des campagnes vaudoises

Jusqu’au 7 mars 2021 à l’Espace Graffenried à Aigle

L’espace Graffenried

Pierre Jeanneret | Si vous passez par Aigle, ne manquez pas de visiter l’ancienne Maison de Ville, une belle bâtisse du 16e siècle entièrement rénovée. Elle abrite aujourd’hui l’Office du tourisme, un espace de dégustation des vins d’Aigle, et surtout l’Espace Graffenried, consacré à des manifestations culturelles. Celui-ci abrite actuellement une petite exposition consacrée au peintre Eugène Burnand (1850-1921). La popularité de ce cet artiste et de son oeuvre reste très grande dans le Pays de Vaud. On trouve des reproductions de ses toiles dans d’innombrables fermes de ce canton. E ugène Burnand naquit près de
Moudon, vécut à Schaffhouse, Zurich, Paris, Montpellier, Hauterive (NE), avant de revenir dans sa Broye natale, où il réalisa notamment ses grandes toiles devenues célèbres, comme « La Fuite de Charles le Téméraire ». Il peignit aussi de grands tableaux à sujets religieux, d’esprit très protestant et austères, qui nous paraissent bien datés aujourd’hui. Burnand connut une grande notoriété de son vivant, en Suisse comme à Paris. Puis, cet artiste tradi-tionaliste, qui passa à côté du Fauvisme, du Cubisme et des autres mouvements d’avant-garde, fut un peu moqué, voire méprisé par les historiens de l’art. On a dit de lui que, dans ses toiles, il n’oubliait pas un poil du pelage de ses vaches …  Mais on réhabilite depuis un certain nombre d’années une partie en tout cas de son œuvre, essentiellement conservée au musée qui porte son nom à Moudon. La plupart des toiles visibles à l’Espace Graffenried proviennent de là, mais certaines aussi de collections privées. A Aigle, on peut voir un florilège de sa production, surtout celle consacrée aux campagnes vaudoises. Celles-ci sont toujours représentées de manière idyllique. René Burnand (fils du peintre) a écrit ceci : « le labour est présenté comme un geste presque éternel, immuable ». Qu’il s’agisse des « Glaneuses », de « L’abreuvoir », du « Paysan du Jorat », les peintures de Burnand offrent une belle image de notre canton au début du 20e siècle. On le voit, l’artiste nous montre des campagnes et des travaux agricoles idéalisés, dans des paysages sereins, bénis par le Créateur.

Troupeau en Camargue

On pourrait dire de lui qu’il est un peu le Millet protestant … Malgré son conservatisme esthétique, il faut reconnaître ses qualités. Il fait preuve d’un métier époustouflant dans la représentation des animaux, saisis dans leurs mouvements. Par ailleurs, l’exposition temporaire nous présente de petites toiles, moins connues, plus intimes et pleines de charme, qui rappellent Anker ou même Chardin. Et aussi une très belle « Maternité ». Plus inattendus, ses troupeaux de chevaux ou de taureaux en Camargue: on sent que, là, l’artiste se « laisse aller », fait vibrer sa palette, renonçant à la monumentalité et à une certaine grandiloquence. Eugène Burnand fut aussi un excellent portraitiste. Pendant la guerre de 1914 - 18, il a dessiné les bustes de nombreux soldats alliés, venant d’Europe, d’Amérique mais aussi d’Afrique et d’Asie. Quant au « Charpentier du village », son portrait dégage toute la noblesse du personnage. A voir donc ! Et la visite de l’exposition n’empêche pas de faire un tour dans la Vieille Ville d’Aigle, voire de visiter son château qui renferme le Musée de la vigne et du vin.

Maternité (détail)
Le charpentier du village
L’abreuvoir
Les glaneuses