Et que ne durent que les moments doux

Virginie Grimaldi – Editions Fayard

Monique Misiego | C’est mon moment doux de l’année en qualité de chroniqueuse littéraire. Un moment doux, le terme est tellement bien choisi. En clair, j’ai adoré, autant vous le dire tout de suite. Les pompeux et les snobs vous diront que cette auteure écrit des romans de gare. Je vous dis que c’est simplement une merveille d’humanité. Je vais quand-même développer pour vous donner l’envie de le lire. L’histoire tout d’abord: deux femmes, deux destins, liés plus profondément que cela ne le laisse paraître. Une est au bout de sa vie de mère, mère à la retraite comme elle le dit, l’autre en est aux balbutiements, maman d’un prématuré. L’une en est au questionnement sur la suite à donner à sa vie, l’autre se demande quel chemin va prendre la sienne. La première, la mère à la retraite, se remet en question, et décide de s’inscrire comme bénévole pour câliner les bébés dans les hôpitaux. La deuxième est au chevet de son bébé, au détriment de son mari qui se sent un peu délaissé. La première se fait des amis hors de la maison, parmi ses collègues, la deuxième se fait un cercle d’amis dans le groupe de parents accidentés comme elle. Elle parle d’ailleurs de ces rencontres éphémères indélébiles, de ces personnes qui ne font que traverser notre vie, mais la marquent à tout jamais. Elle se méfie du bonheur, la facture est trop salée. Il débarque chez nous, il pose ses valises, envahit l’espace, le moindre recoin, il est plaisant, de bonne compagnie, alors on s’y habitue, on s’y attache, il devient indispensable, et puis, brusquement, un jour, il disparaît, on rentre et il est parti, laissant la porte ouverte et le malheur mettre ses pieds sous la table. On pense au début du roman, qu’elles vont se croiser puisque le récit oscille toujours entre l’une et l’autre. Cette rencontre n’aura pas lieu. L’auteure nous décrit ces destins parallèles, nous laissant dans l’attente logique d’une rencontre. L’énigme de cette rencontre manquée nous sera dévoilée seulement à la fin. Le livre est parsemé de textos envoyés par la mère à la retraite à ses enfants partis du nid. C’est des éclats de rire garantis à chaque fois. J’ai oscillé entre les larmes et le rire pendant tout le roman. Malgré son âge, Virginie Grimaldi a une vue très lucide sur le monde qui l’entoure mais sait repérer ces moments inoubliables emplis de tendresse. Elle dit avoir écrit ce roman pendant que son fils prématuré était hospitalisé. C’est ces moments émouvants qu’elle décrit, mais pas que. Des moments de partage, des rencontres, de l’espoir. Elle parle très souvent de sa mamie qui compte beaucoup pour elle. J’ai envie de dire, sans dénigrer l’auteure, que ce livre pourrait avoir été écrit à quatre mains tant la jeunesse se mélange parfois avec la sagesse d’une femme nettement plus âgée. Vous aurez compris que je vous recommande ce livre, il fait du bien au moral. J’ai pour habitude de noter dans un petit carnet les petites phrases qui me touchent au cours de mes lectures. Avec ce roman, j’ai noirci quelques pages tant il est criant de vérité sur la vie, sur les relations humaines, sur le trajet de vie des mamans, mais aussi des papas qui sont aussi impactés mais qu’on met moins en avant alors que leur rôle est tout aussi essentiel. L’auteure clot ce roman par ces mots: une fois passés, les moments doux ne disparaissent pas, quelque part au fond de nous, ils durent pour toujours, on les appelle les souvenirs.