Élections au Conseil d’État | Entretien exclusif
Valérie Dittli brigue un deuxième mandat:
«J’ai acquis l’expérience qui me manquait»
Après deux années marquées par les affaires et une confiance entamée au sein du gouvernement, Valérie Dittli annonce qu’elle briguera un deuxième mandat en 2027. Elle revient sur ses erreurs, défend son bilan et place la classe moyenne au centre.

Le Courrier : Pourquoi avez-vous décidé d’annoncer votre candidature dans notre journal local?
Valérie Dittli : J’ai la chance de m’être enracinée dans la très belle commune de Bourg-en-Lavaux il y a maintenant plus d’un an. J’y ai été accueillie avec énormément de chaleur et de bienveillance, et je m’y sens vraiment à la maison.
Vous avez décidé de vous représenter au Conseil d’État en 2027. Pourquoi ?
J’ai acquis l’expérience qui me manquait sans perdre ma volonté d’agir. Quand je suis arrivée au Conseil d’État, je n’avais ni les habitudes, ni les bons réflexes, ni les bons codes. Cela m’a parfois conduite à faire des erreurs. Cela m’a aussi conduite à poser des questions que d’autres ne posaient plus. Et oui, j’ai dû faire face à des dysfonctionnements que j’ai cherché à résoudre avec bon sens et avec la volonté de trouver la meilleure solution pour le Canton. Cela a bousculé certaines habitudes. Car je n’ai pas détourné le regard lorsque les problèmes sont apparus. Aujourd’hui, j’ai gardé cette liberté de regard, mais j’ai acquis l’expérience qui me manquait. Et finalement, je reste une « faiseuse », une Macherin en allemand, quelqu’un qui fait, qui agit. Et j’ai surtout aujourd’hui un véritable programme politique.
Quelles sont les grandes lignes de votre programme politique ?
La classe moyenne c’est la grande oubliée de cette législature. Je souhaite qu’elle revienne au centre de campagne et de la prochaine législature. Il y a beaucoup à faire. Il faut mieux valoriser le lien entre la terre et l’assiette, soutenir notre agriculture et nos producteurs, promouvoir une alimentation de qualité et mieux nous adapter aux changements climatiques, notamment aux épisodes de sécheresse. Le numérique doit être au service des citoyens et permettre des interactions plus simples et plus efficaces avec l’État. Notre économie doit pouvoir compter sur des PME fortes, innovantes et compétitives, qui sont au cœur du tissu économique vaudois. Enfin, le pouvoir d’achat doit rester une priorité. La fiscalité doit contribuer à redonner de l’air au porte-monnaie des ménages. Une première baisse fiscale a été réalisée sous mon égide et je souhaite poursuivre cet effort, notamment en faveur de la classe moyenne.
Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat au Conseil d’État et de quelle réalisation êtes-vous la plus fière ?
J’ai effectivement un vrai bilan à défendre. En agriculture, nous avons obtenu plus de 140 millions de francs de moyens supplémentaires, lancé avec la Confédération un projet phare sur les sols et fait avancer l’Agripôle de Moudon. Nous avons également travaillé sur l’alimentation et la restauration collective pour mieux valoriser le lien entre la terre et l’assiette. Dans le numérique, j’ai fait de la souveraineté numérique, de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle des priorités, tout en poursuivant la numérisation de l’administration pour rendre l’État plus simple et accessible. En matière de climat et de durabilité, nous avons élaboré une loi-cadre et fait du bilan carbone une boussole pour nos décisions. Sur le plan fiscal, nous avons renforcé la solidarité entre les époux et réalisé les premières baisses fiscales de cette législature. Enfin, j’ai contribué à renforcer la transparence dans l’action de l’État, car la confiance passe aussi par un État qui assume ses décisions et explique son action.
Le bouclier fiscal a beaucoup marqué votre mandat. Quel rôle avez-vous joué dans ce dossier ?
Lorsque j’ai repris le Département des finances et de la fiscalité, j’ai découvert des dysfonctionnements importants. J’ai répondu avec pragmatisme et dans le seul souci de l’intérêt général. Ces décisions ont suscité des réactions parfois très fortes, auxquelles je ne m’attendais pas nécessairement. Mais je ne me suis jamais dérobée. J’ai assumé mes responsabilités, défendu mes décisions et continué à chercher des solutions, même lorsque cela signifiait bousculer certaines habitudes.
Après tout ce qui s’est passé ces deux dernières années, qu’est-ce qui vous fait penser que les Vaudoises et les Vaudois peuvent encore vous accorder leur confiance ?
En quatre ans, j’ai acquis une expérience considérable, comme si j’avais vécu dix ou quinze années de vie politique. Cette législature m’a beaucoup appris, parfois dans les difficultés, mais elle m’a aussi permis de grandir et de gagner en expérience. Et malgré tout cela, je n’ai rien perdu de ce qui m’avait poussée à m’engager. J’ai gardé ma liberté de regard et cette envie de faire bouger les choses. En tant que citoyenne, j’aimerais pouvoir compter sur des élus qui assument leurs responsabilités, qui empêchent le système de ronronner et qui gouvernent avec une vision, plutôt que de laisser l’administration décider à leur place. Sans ce courage, les femmes suisses n’auraient probablement pas obtenu le droit de vote. C’est cette conception de la politique qui est la mienne.
La collaboration avec les autres conseillères et conseillers d’État fonctionne bien dans le travail quotidien.
Le Conseil d’État dit que la confiance envers vous est entamée. Vous estimez, de votre côté, que vos droits fondamentaux et votre dignité ont été violés. Comment peut-on encore gouverner ensemble dans ces conditions ?
Je pense que la meilleure réponse à cette question, c’est mon bilan concret avec les projets qui ont été menés à bout. Pour cela, il a bien fallu trouver des majorités aussi bien au conseil d’Etat et au Grand-Conseil. La collaboration avec les autres conseillères et conseillers d’État fonctionne bien dans le travail quotidien. Le bilan de cette législature montre d’ailleurs que nous avons été capables de travailler ensemble et de faire avancer des projets importants.
Vous demandez le retrait du rapport Meylan. Qu’attendez-vous maintenant de vos collègues du Conseil d’État ?
J’attends d’abord que mon droit d’être entendue soit pleinement respecté. J’ai présenté un avis de droit qui met en évidence une violation grave de ce droit fondamental. La vérité sur les faits qui me sont reprochés n’est, à ce jour, pas établie. Mais je veux désormais pouvoir me concentrer pleinement sur les préoccupations des Vaudoises et les Vaudois.
Votre candidature est-elle aujourd’hui un atout ou un problème pour la droite vaudoise ?
J’ai moi-même contribué à sa construction et je continue à croire à sa pertinence. Je souhaite donc qu’elle puisse se poursuivre et je la soutiendrai aussi bien pour l’exécutif que pour le législatif. Je suis bien consciente qu’il y a eu des désaccords, mais je reste ouverte à toute collaboration possible. Aujourd’hui, je continue à défendre une majorité de centre-droit. Je pense que le Centre Vaud a un vrai rôle à jouer dans un canton bipartite. Je crois qu’il s’agit-là les racines de la démocratie suisse. Et avec le tout petit parti vaudois, cela ressemble à David contre Goliath.
Pensez-vous pouvoir compter sur le soutien du PLR et de l’UDC ?
Malgré nos différences, j’ai toujours soutenu le PLR et l’UDC, à titre personnel, aussi bien pour l’exécutif que pour le législatif, et je continuerai à le faire. Je reçois d’ailleurs aujourd’hui beaucoup de soutien de députés, mais aussi de nombreuses personnes. Cela me conforte dans l’idée que nous avons encore beaucoup de choses à construire ensemble.
Quand les Vaudois entendent aujourd’hui le nom de Valérie Dittli, ils pensent souvent aux affaires qui ont marqué votre mandat. Qu’aimeriez-vous qu’ils retiennent de vous en 2032 ?
J’aimerais qu’en 2032, les Vaudoises et les Vaudois retiennent avant tout que j’ai toujours assumé mes responsabilités, que j’ai tenu mes engagements et que je me suis battue pour faire avancer les choses. J’aimerais surtout qu’ils puissent se dire que, durant cette période, la classe moyenne a enfin retrouvé toute sa place dans les priorités politiques.



