Du vécu… de Chexbres à Cully

à la sauce vaudoise

Pierre Dominique Scheder, chronicœur | C’était lors du dernier Lavaux Classic. Je désirais me rendre à Cully applaudir mon neveu Clément, merveilleux percussionniste. Or, n’ayant pas de moyen de transport, je décidai de faire du stop. Je me postais à la sortie de Chexbres, pestant bientôt contre ces conducteurs qui ne s’arrêtaient pas et qui, au contraire, détournaient le regard et donnaient un coup de gaz en m’apercevant. Cela dura une bonne demi-heure et j’étais sur le point de renoncer à mon projet ou de m’affubler d’une minijupe ou de faux pectoraux. Soudain une Toyota vaudoise s’arrête. La passagère baisse la vitre et me dit: « Bonsoir, vous allez-où ? » Je réponds: « A Cully, au concert ! » « Ben montez ! » grogne une voix, celle du conducteur. Il ajoute aussitôt: « Mais je vais à l’entrée d’Epesses! Pas plus loin ! » « C’est toujours ça, merci ! » Et la conversation s’engage avec sa femme: « Vous êtes du coin ? » « Oui, j’habite à Chexbres depuis huit ans, avec ma famille. » « Vous vous y plaisez ? » « Oh oui, bien sûr. Je suis même un peu le chronicœur de la région. » Mais voici l’entrée d’Epesses. Le conducteur fait mine de s’arrêter. Sa femme lui dit alors: « Mène-le encore un bout! On est en pleine discussion ». Le chauffeur bougonne: « Ouais ! Jusqu’à la sortie d’Epesses. » La conversation reprend. « Je suis aussi chansonnier, dis-je, tenez voilà un CD de Notre-Dame de Lavaux ! » Et le ronchon, interloqué: « Vous les donnez vos CD ? Vous allez pas devenir riche ! Vous vivez de quoi ? » Je réponds: « Et vous, n’êtes-vous pas vigneron ? Il vous arrive sûrement aussi d’offrir une bouteille ? » Et la voiture d’arriver à la sortie d’Epesses. Notre bon Vaudois ralentit, puis se ravise: « Bon jusqu’à l’entrée de Riex ! » « Ah merci ! J’ai aussi habité dix ans à Riex. De belles années ! » « Bon, je vous descends jusqu’à la sortie de Riex. » Arrivé là, Madame déclare: « Il est gentil ce Monsieur, tu peux quand même l’amener jusqu’à Cully ! » « Bon, mais jusqu’à l’entrée ! » Ce qui fut fait. Mais « tout doux tout doux tout doucement », comme dans la chanson « La Brouette d’Echallens ». Le concert fut génial, arrosant de chants et de musiques ce Pays de Vaud parfois si fermé aux gestes gracieux, à l’imprévu d’une rencontre, et qu’un brin de bonté semble gêner! Même si, dans le fond, les Vaudois sont, comme ils disent d’eux-mêmes, vraiment de tout bons types !