Dissoudre La Poste

Arvid Ellefsplass  |  L’affaire récente de l’ «erreur malheureuse» de La Poste concernant l’oubli de milliers de bulletins de vote n’est encore qu’une bévue de plus à attribuer à cette Vieille Dame too big to fail mais surtout trop complexe à démonter.

La Régie fédérale des postes se complait dans une situation héritée des anciennes PTT (Poste, télégraphe et téléphone, pour ceux qui ne l’aurait pas connue). A l’époque, des fonctionnaires zélés y faisaient carrière jusqu’à leur retraite et beaucoup partaient heureux et pleins d’anecdotes. Ils n’oubliaient pas de prendre le temps de glisser trois mots à Madame Michu ou de monter frapper au troisième pour un recommandé. La fréquentation des bureaux de poste était digne de l’ouverture des guichets pour Paléo, mais avec une valeur ajoutée sociale teintée d’agacement devant la lenteur attribuée soit au client non préparé ou à la guichetière novice.

Avant la nouvelle technologie, les PTT sont devenus La Poste. A l’heure actuelle, on se surprend à sourire en attendant que sa direction en quête d’innovations ne déclare qu’elle va distribuer des lettres, des colis et vendre des timbres. Il n’est pas du tout improbable que la Vieille Dame l’ait oublié.

L’argument du service universel ne tient plus. La Poste s’est diversifiée. Transports, banque, vente de chocolat, librairie, aucune de ses nouvelles occupations n’a échappé à un scandale ces dernières années. Scandales qui n’ont quasi rien changé dans sa responsabilité, peut-être jalouse-t-elle le titre de Grande Muette attribuée à l’armée ? Dans un souci d’être inattaquable, elle a choisi de disparaître dans la diversité et de se complexifier au point que même Kafka n’y retrouverait pas ses écrits.

« Non seulement Dieu n’existe pas, mais essayez de trouver un plombier le week-end ! » disait Woody Allen. Cela s’applique aussi aux responsables de La Poste lorsqu’il s’agit de rendre des comptes.