Cully – Simon Ghraichy en clôture de festival

Lavaux Classic, dimanche 26 juin à 17h30 sur la Scène du Lac 

Propos recueillis par Guillaume Hersperger et Céline Chable | À la rencontre de Simon Ghraichy, pianiste de renom, qui honore Lavaux Classic de sa présence pour un récital de clôture, dimanche 26 juin à 17h30 sur la Scène du Lac à Cully.

C’est de façon très conviviale et décontractée que Simon Ghraichy s’est adonné à l’exercice virtuel de l’interview avec Lavaux Classic, chez lui à Paris, entre deux concerts, un café à la main.

Enfance et premiers contacts avec la musique

Né au Liban d’un père libanais et d’une mère mexicaine, il est arrivé à Paris enfant lorsque la guerre du Liban a éclaté. De parents mélomanes, Simon est bercé de musique depuis son plus jeune âge. Entre musique classique, chanson française, mexicaine et orientale, c’est ainsi que s’est aiguisé son intérêt avec la musique qui deviendra sa passion et sa profession.

Jeune parisien, il commence l’école et participe à de nombreuses activités extrascolaires et prend notamment des cours de piano.

Selon ses dires, ces multiples activités sont probablement pour sa famille une façon de compenser le déracinement, le changement de pays et de culture. Et finalement, ce qui lui plaît le plus, c’est le piano.

De cinq à douze ans, il reçoit des leçons de piano à la maison et fait peu de solfège. Une rencontre fabuleuse avec Hortense Quartier-Bresson marquera ses treize ans. Les cours avec sa professeure de piano alimentent sa passion pour cet instrument qu’il pratique désormais au Conservatoire de Boulogne. Il découvre alors la musique de chambre et les collègues du Conservatoire avec qui il a plaisir à jouer et accompagner.

Conservatoire de Paris et Académie Sibelius à Helsinki

Jeune adulte, Simon entre au Conservatoire de Paris où il restera jusqu’à vingt-deux ans, avant de s’envoler pour la Finlande et rejoindre l’Académie Sibelius de Helsinki où il travaillera deux années durant, avant de voler de ses propres ailes.

La Finlande, ses nuits plus longues que le jour, l’obscurité qui fait de l’ombre à la lumière. Simon Ghraichy découvre un nouveau rythme de vie et s’adapte à ce changement qui n’est pas sans impact sur son quotidien. Dans ce contexte pesant qui lui donnait parfois l’envie d’hiberner, Simon trouvera très vite un avantage à organiser son temps par tranches de huit heures en alternant études et sommeil. Travailler de nuit lui donnera beaucoup d’inspiration et au lieu de la déprime, il préférera la mélancolie et interprètera les œuvres de Philip Glass jusqu’au bout de ces nuits éternelles.

La mélancolie et le public

Comment expliquer et transmettre la beauté subtile de la mélancolie à son public ? Pour Simon Ghraichy, la musique mélancolique parle d’elle-même et touche le public sans qu’il n’y ait un besoin particulier de l’expliciter. Mais parfois en amont de ses concerts, il peut donner des clés d’écoute afin que son public soit en mesure de mieux percevoir ses œuvres.

La composition du programme de son concert

Dans le cadre du concert de dimanche, Simon Ghraichy interprètera justement une œuvre de Philip Glass, The Fog Of War – la grisaille de la guerre qui date de 2018. Avec les événements actuels en Ukraine qui le touchent beaucoup, cette pièce a fait écho en lui et c’est pour cela qu’il souhaite la jouer. C’est une musique de documentaire qui témoigne de l’histoire de la guerre et des conflits de lutte de pouvoir et de territoires.

Cette œuvre est également une illustration de la douleur et c’est autour de celle-ci qu’il a construit son programme, avec des œuvres très classiques prenant soin de faire un parcours de l’obscurité à la lumière.

Par exemple, la Sonate Au Clair de Lune de Ludwig van Beethoven qui souligne l’obscurité, la nuit, ou encore le Scherzo N°3 de Frédéric Chopin. Ces œuvres distillent une ambiance noire qui fait écho à la noirceur des salles de concert et à celle de la douleur.

Puis son programme s’oriente vers quelque chose de plus joyeux et lumineux, avec des sonorités hispaniques (Enrique Granados, Isaac Albéniz) et une expression de joie de vivre. Ce dernier l’inspire tout particulièrement et lui redonne de la joie. Le programme du concert illustre finalement le parcours de la tourmente à l’espérance.

Les artistes qui l’inspirent

Simon Ghraichy rêvait de rencontrer Chilly Gonzales. Il est devenu réalité puisqu’il a pu réaliser une collaboration avec lui. Un autre artiste dont il aime énormément le travail est Gustavo Dudamel qui d’après lui, donne un souffle nouveau à la musique classique. Le pianiste qu’il élève au rang d’inspiration première n’est autre que Wladimir Horowitz, qu’il aurait souhaité rencontrer. Il est son pianiste préféré.

Simon Ghraichy et la Suisse

Il a de la famille à Lausanne et Zurich et connaît bien ces deux villes. C’est un pays de passage pour lui où il profite de voir ses proches lorsqu’il est en déplacement. Il nous apprend que sa famille viendra voir son concert, dont il a hâte de découvrir le cadre. Pour lui, une scène extérieure insuffle quelque chose de moins institutionnel que dans une salle de spectacle et lui permet justement plus de liberté, favorisant la convivialité, le partage et les rencontres avec le public.

À ce titre, une rencontre est prévue avec des jeunes pianistes et lui-même, avant son concert. C’est un exercice qu’il adore : Simon Ghraichy a plaisir à rencontrer de jeunes musiciens, quels que soit leur talent et leur niveau. La motivation et la flamme qu’il voit en eux l’inspire. Il se projette lui-même à l’âge du bac où il nous confie s’être dit un jour « Je ne me vois pas faire autre chose que du piano dans ma vie ».

Information, programme et billetterie : www.lavauxclassic.ch